Intensité, quand tu nous tiens...
Oui, j’aime l’intensité. J’aime vivre à fond. J’aime les débuts d’histoires d’amour. J’aime les retrouvailles, j’aime les défis, j’aime la fête, j’aime les voyages, j’aime tout ce qui est nouveau, tout ce qui fouette les sens, tout ce qui stimule l’intérêt, tout ce qui exalte, tout ce qui enthousiasme. J’aime les sensations fortes, celles que procurent la course à pied et la rando, celles que m’apportent la première clope du matin, l’alcool et certaines autres drogues essayées dans ma jeunesse. Vivre à fond, jusqu’à en mourir. Peut-être. Pas sûrement. Mais tout de même. En tout cas, jusqu’à franchir la ligne, franchir la frontière qui fait qu’on passe de la joie festive à l’autodestruction. La fête qui commence bien, plein d’amis, plein d’entrain et de musique, pour se mettre dans l’ambiance, on y va sur les clopes, on y va sur les coups à boire, encore et encore, on se sent super bien, et plus on se sent bien, plus on a envie de prolonger l’ivresse, plus on a envie de se sentir encore mieux, on fume, on boit, on danse, on se marre, on tourbillonne, la vie est comme un manège coloré et enchanteur, on refait le monde dans la cuisine, encore un verre, encore une clope, on sort prendre un peu d’air et de solitude, avec un verre, avec une clope, on regarde les étoiles, on est heureux de ces quelques instants seul avec soi-même, on recommence, on ne sait plus très bien où on est, qui on est, ivresse, vertige, on vit, on a le sentiment de vivre, follement, à fond, et c’est la seule vie qui mérite d’être vécue. Et puis, vient le temps du petit matin, vient le temps de la tristesse, la fête est finie, on grelotte, on se sent seul, affaibli, malade, oubliée l’ivresse, oubliée la joie, les amis sont partis, on est seul avec son mal-être, bientôt à nouveau dans son quotidien, pas pire que celui d’un autre, mieux sans doute que le quotidien de biens des gens, si ce n’est que justement, c’est le quotidien, grisaille après griserie. Et c’est inacceptable. On retrouve un soi-même dont on s’est fatigué depuis bien longtemps déjà – il m’est arrivé, regardant des femmes passer dans la rue, souhaiter être n’importe laquelle d’entre elles plutôt que moi-même. On retrouve un compagnon pour qui on ne ressent plus ce petit vertige au creux de l’estomac, ce petit vertige des débuts qui faisait que les journées étaient belles, que tout était plus coloré, plus joyeux, plus exaltant. Alors on allume la première clope du matin, celle qui donne ce petit vertige au creux de l’estomac et qui fait tourner la tête, on allume les suivantes parce qu’elles vont redonner un peu de couleur, un peu d’intensité à la journée qui s’annonce, parce qu’elles vont aider à nous faire croire qu’on aime la vie, ah ! la cigarette au soleil à une terrasse de café, ah ! la cigarette quand on a fini un boulot difficile, ah ! la cigarette avec l’apéro, double boost pour que la soirée ne soit pas morne. On se détruit à petit feu pour ne pas mourir d’ennui. Pour se supporter, pour supporter les autres, pour supporter le temps qui passe et nous rapproche de la mort. Un jour, on se réveille et on se dit stop. Chouette, je tiens un projet : je vais arrêter de fumer. Je vais me lancer un défi, je vais secouer l’ennui, je serai autre, je serai celle qui a réussi, ça va bouger dans mon quotidien, ça va bouger dans ma tête, on se lance, à fond comme tout ce qu’on fait, patch et compagnie, stop et tabacologue, et c’est l’euphorie d’y arriver, c’est l’euphorie de voir les jours s’accumuler, on fête le premier mois avec tambours et trompettes, on se dit fastoche, on ne comprend pas que les autres n’y arrivent pas, on se sent prêt à soulever des montagnes. Et puis, petit à petit, l’enthousiasme s’effiloche, la défume devient banale, ce n’est plus un projet en soi, ce n’est pas suffisant pour changer ma vie, pour changer mon mal-être, au contraire, la défume devient la cause de tout ce qui ne va pas. Je me retrouve, toujours aussi fatiguée de moi-même, plus encore qu’avant, j’ai perdu l’humour, j’ai perdu la pêche factice que j’entretenais à force de clopes et de coups à boire, je ne me supporte plus, je ne supporte plus mon travail, la vie entière a perdu ses couleurs. Retrouver l’intensité. L’intensité qui parfois, souvent, bascule vers l’autodestruction. Se sentir vivre quitte à se mettre en danger de mort. Et c’est le temps de la rechute. L’intensité. Je réalise, au 74e jour de ma re-défume, qu’il y a une intensité dans laquelle je me perds. Mais il y a aussi une intensité dans laquelle je me trouve. Je me retrouve. Il y a l’intensité qui fait qu’on s’oublie soi-même, qu’on oublie tout, que plus rien n’a d’importance. Et il y a celle qui donne du sens, résolument tournée vers la vie. Et cette intensité-là, ce n’est pas la clope, ce n’est pas l’alcool, ce n’est pas la passion éphémère et enivrante, ce n’est pas le tourbillon paroxystique d’une fête, c’est la créativité, c’est le désir, c’est les autres, c’est l’amitié, la vraie, c’est l’amour, le vrai, c’est l’engagement. Cette redécouverte, c’est l’aventure Jazz et neige qui m’en a montré la voie. C’est cette œuvre collective de tribuliens, une pure jubilation qui laisse dans son sillage une idée de bonheur. Renouer avec la jubilation.
Posté le 16 mars 2010, à 10:15
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Une histoire d'humiliation
Toujours dans la série autodestruction, j'ai expérimenté hier le lien évident et incroyablement fort entre humiliation et autodestruction. De passage à la pharmacie pour faire le plein de patchs et pastilles, je repère qu'il n'y a personne chez le coupe-tiff, ce qui tombe bien car j'ai besoin de faire rafraîchir ma coiffure. Pas de problème, on me prend tout de suite, oui, on va refaire un peu les mèches blondes et une petite coupe par là-dessus. Je m'assoie dans le fauteuil face à la glace, toujours la même épreuve, je ne sais pas ce qu'il a l'éclairage dans ce salon, mais quand je lève les yeux, je vois une gueule revêche qui me regarde d'un air sévère, rides du lion bien marquées et ovale qui commence à se la jouer Dali dans les Montres molles. Je tente un sourire, et là, c'est le style cuir vieilli, c'est joli pour un sac à main, mais sous les yeux, pas terrible. Ben oui, ma vieille, bientôt 47 ans, faut assumer... Bien entendu, le pire est à venir, quand je me retrouve, un peu plus tard, avec la même bobine mais surmontée d'une espèce de crème chantilly qu'on emballe ensuite dans du film plastique avant de placer le tout sous des lampes. Je plonge le nez dans "Elle" pour ne plus voir ma gueule, tombe sur un ramassis de pétasses de 16 ans en mini mais bon, c'est que des photos, retouchées en plus, je demande à les voir en vrai quand elles auront 47 ans. Là-dessus, se pointe une pétasse mais vivante celle-là, une vraie, mignonne et craquante que c'en est totalement indécent, et le type qui était censé s'occuper de moi non seulement m'oublie complètement, mais la fait asseoir juste à côté, charmant petit visage minaudant dans la glace à côté du mien, de plus en plus revêche dans son appareillage totalement ridicule. Il aurait pu la placer à l'autre bout, mais non, il me faut subir son bavardage de minette sûre de son look, oui, non, avec une frange, vous croyez, mais alors, et la longueur, et le brushing, et patati et patata. Vingt minutes de briefing avec la minette. Il ne la lâche pas. Mes lampes ont commencé à faire bip bip, je poireaute encore une bonne demi-heure, malgré mes regards désespérés, personne ne vient. Passage au bac et je m'aperçois, horreur malheur, qu'il a déjà commencé la coupe de la minette alors que zut, j'étais arrivée bien avant. Paf, une heure de plus dans la vue, bien entendu assise de nouveau juste à côté, elle avec son petit carré qui prend forme sur sa jolie tête, moi avec mes mèches mairgrichonnes de vieux chat mouillé. Et tout le monde de s'extasier, comme ça vous va bien, c'est ravissant, n'est-ce pas, et la minette de minauder et on retouche encore un cheveu qui dépasse ici, on remet un coup de séchoir là. Je regarde ma montre: huit heures moins le quart (je suis entrée à cinq heures et demie). Enfin, la minette s'en va et le type, sans me regarder et tout en discutant avec les coiffeuses (nettoie tel appareil, mets de l'eau de javel là, etc.), attaque au ciseau à toute berzingue, pof pof pof, dans tous les sens et en me tirant les cheveux, hop là, le séchoir et, enfin, je sors de là avec un infâme plumeau sur la tête. Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie N'ai-je tant vécu que pour cette infâmie? Voila. Une histoire banale, idiote, mais vraiment, tu sors de là avec l'impression d'être une merde, la rage au ventre et l'envie de disparaître, l'envie de te faire payer toi-même ce qui vient de t'arriver, d'ailleurs tu mérites pas d'exister, t'es qu'une pauvre conne vieille et frustrée. A la maison, ton mec te dit "mais c'est mignon cette coupe", tu lui mets une beigne, tu passe encore une heure dans la salle de bain pour essayer d'arranger le plumeau, tu desserres pas les dents de la soirée, tu voudrais te finir à l'alcool et aux clopes, à la place tu termines sous la couette avec double dose de lexo, vite qu'on change de journée. Et le matin, une fois que tu as refait ton shampoing, tiens, la coupe est pas si mal que ça, la couleur est assez réussie, et là tu te marres, d'abord un peu, puis vraiment franchement. Renoncer à vouloir être ce qu'on n'est pas. Garder le sens de l'humour. Se faire un sourire et tant pis pour les rides sous les yeux: allez, Bravo, t'es pas si nulle que ça!
Posté le 9 mars 2010, à 09:50
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La défume, une histoire de désir
Il y a le passé, le présent et le futur. En grammaire, mais aussi en défume. Le passé, c'est toutes ces années où j'ai fumé, où mes journées étaient rythmées par la clope, de la première au café du matin, parfois même avant, à la dernière avant de m'endormir, parfois même au lit. Les fumeurs connaissent. Le passé, c'est aussi l'histoire de mes tentatives d'arrêt et de mes rechutes. Le passé me handicape, je ne peux pas l'effacer, je ne peux pas le changer, je dois faire avec. Faire avec 30 ans de tabagie. Dit comme ça, c'est un peu déprimant. Heureusement, nous avons tous cette faculté qui consiste à apprendre. Et là, le passé n'est plus boulet, il devient point d'appui. Car il y a plusieurs passés. Oui, il y a eu les 30 ans de clopes. Mais il y a eu aussi cette décision que j'ai prise d'arrêter de fumer, un certain 19 août 2008, et de venir sur ce site. C'est une décision passée, dont les conséquences se sont ancrées petit à petit et qui font que, depuis, je n'ai plus pu fumer comme avant. Oui, j'ai craqué à l'automne, petit à petit, jusqu'à la rechute ou presque. Si je n'ai pas rechuté pour de bon, c'est que la décision prise en ce mois d'août 2008 et tout ce que j'ai construit depuis avec la tribu m'en ont préservée. Ces craquages eux-mêmes sont du passé. Un passé plus récent, mais qui m'aide à comprendre, sur lequel je prends appui pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Et puis, les deux derniers mois, pendant lesquels je n'ai pas fumé, pendant lesquels ma résolution s'est raffermie, jour après jour, jusqu'à aujourd'hui. Et aujourd'hui, c'est le présent. C'est maintenant. Maintenant, j'écris et l'envie de fumer est loin. Le moment présent, c'est celui qui résulte de l'addition des moments passés, c'est aussi celui où je décide de ce qu'il faut faire et ne pas faire. Où j'exerce mon libre arbitre : là, tout de suite, je choisis de ne pas fumer. Seulement voilà. Il arrive que l'exercice de mon libre arbitre se retrouve faussé, piégé. Toutes sortes de raisons peuvent altérer mon jugement et m'amener à prendre la mauvaise décision. En général, c'est un cocktail qui fait que là, maintenant, je prends une clope. Une bonne dose de stress, une bonne dose de désarroi, une blessure narcissique et une once d'aquoibonnisme : redoutable. Autre recette : l'exaltation de retrouvailles, un sentiment total d'euphorie et de liberté, une bonne dose de désinhibition. Une couche d'alcool par là-dessus et hop là, c'est reparti. Et le futur alors? Et bien c'est le futur qui peut m'aider à exercer mon libre arbitre dans le présent en tirant les leçons du passé. Le futur grâce à l'anticipation. L'anticipation des situations à risques, pour les éviter ou y répondre par les moyens appropriés. Mais aussi, et surtout, le désir. Le désir, c'est ce à quoi on aspire, ce qui nous fait envie, tout à l'heure, demain, dans quelques années. Le désir, c'est ce qui nous anime, ce qui nous fait avancer, ce qui nous fait savourer la vie. Le désir s'exprime et se vit de mille manières: écouter une belle musique, écrire une histoire à plusieurs, respirer l'air du petit matin, s'absorber dans un travail intéressant. Au départ de tout ce qui nourrit la vie, il y a le désir. La clope fait-elle partie de mes désirs? Non, mille fois non. M'aide-t-elle à satisfaire mes désirs? Pas davantage. Au contraire, elle s'est souvent substituée à eux, en procurant une réponse immédiate à un faux désir qu'elle avait créé: le besoin, l'addiction. Et c'est pour ça qu'à ce stade de mon parcours, je me dis que la défume est affaire de désir. Désir de libération, désir de ne plus fumer, désir de ne pas redevenir fumeuse. Désir de vivre l'expérience d'être moi-même sans clope. Désir de redonner leur place à mes vrais désirs au lieu de continuer à les leurrer avec de la fumée. Désir de vie.
Posté le 2 mars 2010, à 09:23
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Mirage et rechute
Au jour 56, je continue à m'interroger sur les mécanismes de ma rechute. Hier, sur le forum, je parlais du mirage de la clope, qui fait que dans certaines situations, on se met à avoir une représentation, une idée de la clope en décalage avec la réalité de ce qu'elle peut nous apporter. Le terme de "mirage" a fait réagir plusieurs personnes qui m'ont objecté que les effets de la clopes étaient bien réels, reposaient sur un produit actif et addictif et que le corps s'en souvenait, des mois, des années plus tard. Ca m'a fait réfléchir. Il ne fait pas de doute que ce qui se passe dans ma tête, quand je commence à me représenter la clope comme une aide à affronter les difficultés, procède en partie de cette mémoire "chimique" du corps, renforcée par l'habitude, conservée pendant des années, du geste, du réflexe. Je flippe, j'allume une clope. C'est important d'avoir conscience de ce mécanisme. Mais ça ne suffit pas. C'est dans ma tête que j'ai construit ma décision d'arrêter de fumer. C'est avec ma tête que j'élabore une stratégie de défume, qui est une stratégie à la fois chimique (patchs, pastilles et anti-dépresseurs si nécessaire) mais aussi mentale (motivation, détermination, renoncement). C'est un mécanisme mental qui fait qu'au lieu d'appliquer cette stratégie face aux difficultés, je l'ai sciemment laissée de côté. Rappel des faits : j'apprends un truc qui me met sens dessus-dessous, et je fume une clope. Je continue à être mal pendant plusieurs semaines, et au cours d'un séjour à Paris, je refume pendant trois jours. Puis, je pars à NY avec un gros boulot à faire, et là, je réalise que j'ai intégré la possibilité de refumer comme réponse aux situations inhabituelles (stress, coup dur, mais aussi émotions diverses, même positives). Je refume 6 ou 7 jours. Je rentre en France, et vers Noël, je lâche pendant 10 jours. Je réembarque dans le train de la défume le 2 janvier. Que s'est-il passé? A un moment précis, j'ai laissé s'insinuer l'idée que la clope était une possibilité. Je n'avais pas envie de fumer, mais la clope était revenue dans mon paysage mental. Dans cette expérience, j'ai clairement senti que la "possibilité d'une clope", donc le mirage, avait précédé le retour au produit actif. C'est à partir du moment où je me suis d'une certaine façon "autorisée" à refumer que je me suis retrouvée prête à me ruer sur un paquet de clopes, avec la nécessité impérieuse d'en fumer une tout de suite. D'ailleurs, c'est ça qui a été un peu compliqué depuis le 2 janvier. Il n'y a pas eu de rupture marquée, dans mon vécu quotidien, entre ce nouvel arrêt et les périodes, tout de même majoritaires, où je ne fumais pas à l'automone dernier. Pas de manque, pas de lutte particulière, mais la nécessité d'une stratégie mentale à reconstruire. Et, à ce stade de mon parcours, c'est contre ce mirage, contre cette représentation de la clope, contre la clope en tant que "possible" que je dois à présent lutter si je veux éviter une nouvelle rechute. Je pourrai me coller tous les patchs de la terre, si l'image de la clope se met à miroiter dans un coin de ma tête, exactement comme l'eau dans le désert, je ferai comme Dupond et Dupont dans "Tintin au pays de l'or noir": étant perduadée de plonger dans une bonne eau fraîche, je me ramasserai direct sur le sol!
Posté le 26 février 2010, à 10:08
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Encore un effort!
Au bout de 44 jours de mon 2e arrêt, j'ai l'impression que dans l'ensemble ça va bien, mais qu'il y a encore quelques efforts à faire. Je m'explique. Une chose est certaine et n'a jamais varié depuis que je viens sur ce site: je ne veux pas redevenir fumeuse. Cette certitude, je l'ai toujours conservée, même au moment de ma rechute, en décembre. Je refumais, oui, mais avec l'objectif très proche de remonter dans le train de la défume. J'ai bien tenu ces 44 jours, mais j'ai l'impression de ne pas vraiment progresser. J'en reste à cette conviction que je ne veux pas redevenir fumeuse, mais j'ai aussi la sensation qu'un rien pourrait m'amener à différer. J'entends par là reprendre une ou quelques clopes, sans que ça s'inscrive dans la durée. Il y a une étape que je n'arrive pas à franchir et qui, je crois, correspond à ce que Frankoise décrivait très bien dans un de ses derniers articles: le renoncement. Le zéro taffe zéro clope, un point c'est tout. Je n'ai pas encore éradiqué la possibilité de la clope, alors que j'y étais assez rapidement parvenue l'an dernier. J'ai l'impression que si moi, je veux l'oublier, elle se rappelle à moi. Et que face à ça, je ne suis plus en ordre de bataille comme en début de défume, mais dans une possible négociation avec moi-même. Et ça, en aucun cas, je ne dois me le permettre. J'ai l'impression d'avoir progressé mais de régresser en même temps. Je n'ai plus de brutales envie de fumer, je ne ressens pas de manque, mais je suis repatchée comme au tout début, je prends des pastilles de nicotine et parfois l'inhaleur. Alors que j'étais arrivée à me passer complètement de substituts l'été dernier. Mais ce n'est pas le fait de remettre des patchs qui m'ennuie, plutôt l'impression que la barrière mentale n'est pas encore reconstruite. Encore un petit effort, Bravo!
Posté le 15 février 2010, à 13:04
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Rétablissement
Oui, c'est comme un rétablissement. On s'est cassé la figure, on a encore les mains accrochées au bord pour ne pas dégringoler le long de la pente glissante mais on sait que si on agit pas, et VITE, les doigts finiront par lâcher, on se laissera glisser, sans douleur, on arrivera des centaines, des milliers de mètres plus bas, et quand la pente s'arrêtera, on se relèvera, on regardera tout ce qu'on a dégringolé à toute allure et on se dira "merde, il faut que je regrimpe tout ça, maintenant". Et c'est reparti pour une lente ascension, pas à pas, à souffler, à peiner, à ne même pas oser regarder le sommet tellement ça paraît loin. Je me suis cassé la figure mais heureusement, la glissade s'est arrêtée à temps, on m'a stoppée, on m'a aidée à prendre appui sur mes mains, sur mes bras, à m'accrocher pour ne pas me retrouver tout en bas. Je le dis pour ceux à qui il arrive de craquouiller, voire de craquer vraiment pendant quelques jours. Plus la rechute est courte, plus il est facile de s'y remettre. Chaque jour de rechute supplémentaire, c'est un effort proportionnellement bien plus important pour remonter la pente. En fait, dès que j'ai décidé de complètement lâcher prise, le 23 décembre, je m'étais déjà fixé ma prochaine date d'arrêt que, sur les conseils de ma marraine, j'ai reportée au 2 janvier parce que je savais qu'on serait plusieurs. Alors, oui, ça va bien. Oui, c'est facile. Non, je n'ai pas de problèmes de concentration, pas de problèmes d'humeurs, j'ai bon moral et je me sens heureuse de vivre. Sans clopes. C'est surtout que si l'habitude de fumer est revenue en un clin d'oeil, celle de ne pas fumer avait eu le temps, l'air de rien, de bien s'ancrer. Je ne trouve donc pas bizarre de ne pas avoir ma clope du matin, de ne pas faire de pauses clope pendant le boulot, je retrouve une façon de vivre que j'avais mise entre parenthèses pendant quelques jours. La seule chose qui ressemble à tout début de défume, ce sont les rêves, presque chaque nuit et même quand le fais la sieste, alors que je n'en rêvais plus en période de craquage. Mais ça ne me gêne pas. Ca me conforte dans ma résolution. Ce rétablissement, c'est à vous tous que je le dois. Mes doigts auraient peut-être lâché sinon.
Posté le 18 janvier 2010, à 14:38
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Chronique d'une rechute (2)
Le temps de l'évitement Donc, d'abord, il y a eu les émotions, certaines positives, certaines douloureuses que je n'ai pu affronter qu'en fumant. Puis, il y a eu la fuite, face à ces émotions, face à des sentiments qui ne me laissaient pas en paix, qui bouffaient mes jours et mes nuits: la plongée dans le travail. La concentration, à fond, sur des sujets extérieurs à moi. Comme si le monde en dépendait. Ainsi se sont écoulés les mois de novembre et décembre. Ainsi, je me suis totalement refermée, dans un espace mental contraint et confortable à la fois, ne pensant, même la nuit, qu'à telle problématique que j'essayais d'identifier et de formuler, qu'à tel document que de devais lire, qu'à tel tableau à élaborer. Je me suis totalement refermée et coupée du monde. Je ne suis plus venue sur le stop, j'ai à grand-peine -et sur leur sollicitation- communiqué avec mes parrain-marraine et ma filleule, je ne voulais même pas m'accorder cinq minutes pour tenter de réfléchir au processus de rechute qui était en oeuvre et que je ne voulais pas voir. En novembre-décembre, j'ai fumé irrégulièrement. Quelques jours début novembre, à New-York, une clope par-ci par-là en décembre, jusqu'à la plongée peu avant Noël à mon rythme d'avant. Une quinzaine de clopes par jour. Ainsi, je me suis protégée dans mon espace boulot + clopes, laissez-moi tranquille, je dois bosser et je veux fumer. J'étais dans ma forteresse. Avec la peur au ventre à l'idée d'en sortir, à l'idée de m'exposer, d'échanger, de me remettre en cause de quelque façon que ce soit. J'ai connnu ce genre de processus il y a quelques années, lorsqu'après deux ans sans clopes, j'ai rechuté. Sauf que cette fois-là, je suis repartie pour trois ans. Quinze jours plus tôt, je me sentais toujours non-fumeuse, je déclarais à qui voulait l'entendre que malgré mes craquouillages, je ne voulais surtout pas reprendre la clope, et d'un coup, c'était comme si j'essayais de regrimper une planche savonnée, j'ai tout lâché. Dans ma forteresse, un semblant de prise de conscience m'est arrivé, grâce à mon parrain. Qui m'a dit que quoiqu'il arrive je devais garder le contact. Garder le contact. Voila ce qui nous sauve, tous, lorsque nous flanchons. Garder le contact. C'est ce qui m'a permis, sans même y réfléchir sérieusement, de me projeter dans un prochain arrêt. Garder le contact. C'est ce qui m'a évité la glissade inexorable. Le temps de l'évitement est terminé, je sais qu'il n'est pas facile de sortir de la forteresse, j'ai un peu les chocottes mais j'y vais, je vais apprendre à faire face à la vie sans clopes, à faire face à mon boulot sans m'y barricader, je sais que la tribu est là.
Posté le 6 janvier 2010, à 09:46
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Chronique d'une rechute
Episode 1: le temps des émotions La première fissure remonte à mes huit mois. Avril. Trois taffes. Je l'ai déjà narrée, je n'y reviens pas. Bis repetita à un an, en retrouvant ma fille. Fin août. Celle-là, je l'avais cachée. Pas ma fille, la clope. Et du coup, gâché l'anniversaire de la première année, celui que j'attendais tant. Quelques jours plus tard, septembre, craaaaac, horreur et stupéfaction, lâchement frappée au plus profond, je refume, trois jours. Novembre, je revois New York après vingt ans, seule dans ma chambre au 30e étage, vue sur l'East River et tout le Sud de Manhattan, liberté totale, liberté chérie, sur le point de retrouver des personnes qui ont été si importantes dans ma vie, nous avions tous eu le temps de vieillir d'une génération depuis notre dernière rencontre. Dont mon premier amour. Retour en France et, sans désemparer, fête débridée et à la russe (pardon pour le pléonasme) pour les 80 ans de ma mère. Vodka (re-pléonasme), clopes, nuit de folie. Retour à Marseille: re-horreur et stupéfaction, réouverture de la cicatrice, encore un coup comme ça et je suis bonne pour la septicémie. Reclopes pendant trois-quatre jours. Noël approche, et là, je lâche, bon-allez-tant-pis, on verra bien en 2010. Ces clopes, j'aurais fait n'importe quoi pour les avoir. Je n'ai pas craqué bêtement (si tant est qu'on puisse craquer intelligemment), au hasard d'une soirée alcoolisée. Je les ai prises, sciemment, je les ai demandées à des inconnus ou je les ai achetées, je les ai revendiquées face à mon entourage, je ne me suis pas sentie coupable, j'y avais droit, bon sang! Pire qu'un bourrin, une vraie tête de mule. Clopes de colère, clopes de tristesse profonde, clopes de retrouvailles, clopes de liberté solitaire, clopes d'euphorie et de fête, clopes d'excitation. Je ne dirais pas que je les ai aimées. Ni que je voulais refumer pour de bon. Mais que j'en ai eu besoin. Mortellement besoin. L'avantage d'être un vrai bourrin, c'est que je veux m'entêter aussi dans la défume. C'est ce que je suis en train de faire, d'ailleurs. Soulever et empiler jour après jour les pierres de ma barrière mentale, bien les sceller, veiller à ne pas laisser de fissure, vérifier au fur et à mesure la solidité de mon ouvrage, c'est ce que je veux m'efforcer de faire, avec application. Telle le percheron. Mais le mur ne suffit pas. Il ne m'empêchera pas de prendre mon envol vers les autres, à parcourir la planète, à me chauffer au soleil, à partir vers les nuages, vers les étoiles, à me laisser porter par les courants, plus loin, plus haut. Telle le condor. Ce que j'ai oublié, dans cette histoire, c'est que le condor a besoin d'un nid. Pour se poser de temps à autres, seul ou avec ses potes condors, à se raconter les plus belles virées. Pour récupérer quand il est épuisé. Quand il est blessé. Le mur ne suffit pas. Je dois me construire un nid. Haut perché, douillet, avec un bon garde-manger. Là, je pourrai tranquillement vous raconter la suite.
Posté le 4 janvier 2010, à 16:39
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Rechute
J'aurais dû m'en douter. S'autoriser des craquelages quand précisément, on est en situation de danger (tempêtes émotionnelles, travail intense, même plus le temps de faire du sport, même plus de temps pour moi, pour moi seule), et revoilà, d'un coup, toutes les clopes. Celle qui aide à se lever le matin, celle qui aide à se couper du monde, celle qui aide à supporter les autres, celle qui accompagne la fin de repas, celle qui comble l'attente sur le quai de gare, celle qui marque la pause dans le travail, celle qui venge. Car oui, je me venge en me faisant du mal. D'ailleurs, elles sont même pas bonnes ces clopes. Prise de conscience. Je croyais que c'était en toute lucidité que je m'accordais, de temps à autres, quelques clopes. Un patch le lendemain et hop là, c'est reparti. Mais voila. Aujourd'hui, je fume tous les jours depuis plus d'une semaine. Aujourd'hui, alors que j'ai mal à la gorge et les sinus en vrac, je suis prête à fumer alors que je sais, je sais très bien que ces clopes seront dégueu. J'ai mis un patch pour en fumer le moins possible, laisser ma gorge récupérer. Mais j'ai envie de ma clope médicament. De celle qui me fait continuer à bosser, à cuisiner, à recevoir, à surmonter ma fatigue. La clope oeillères, qui permet de foncer comme un vrai bourrin (on oublie le condor). Prise de conscience: j'ai rechuté. Pour de vrai. Alors que je ne veux surtout pas redevenir fumeuse. Je hais l'odeur de tabac froid chez moi, sur mes fringues, je hais le goût de ces clopes, je déteste me retrouver sous la pluie à tirer vite fait et sans plaisir ces taffes qui me donnent un goût immonde dans la bouche. Et pourtant, je ne peux m'en empêcher. L'appel de la nicotine, certes, mais ce n'est pas tout, car les substituts devraient suffire à y répondre. Non, c'est, sinon l'effondrement, une sacrée brèche dans la barrière mentale que je me suis efforcée de construire, jour après jour. On me dit que je ne suis pas la seule à vouloir démarrer le chantier le 2 janvier. Je vais m'acheter de bons outils, du mortier, tout ce qu'il faut pour combler la brèche et, s'il le faut, reconstruire le mur. Avis aux bricoleurs, un coup de main sera le bienvenu. J'embauche le 2, dès l'aube!
Posté le 29 décembre 2009, à 10:37
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C'est bon la régression
Donc voilà, c'est officiel, je me suis relancée. Avec des billes en plus, par rapport à il y a un an. Déjà, j'avais une filleule, et pas n'importe quelle filleule. Maintenant, j'ai parrain Akita et marraine Annema (tiens, ça fait AA...). Je suis toute heureuse qu'ils aient l'un et l'autre accepté. Je me sens entourée, protégée. Ils ont des armes pour me défendre contre l'adversité: la canne de parrain Akita et les aiguilles à tricoter de marraine Annema. Bien sûr, il y a tous les autres membres de la tribu. Mais tout de même. Avec un parrain et une marraine, ça fait pas pareil. Faire la démarche de rechercher un parrain et/ou une marraine, c'est accepter que je ne suis pas toute-puissante, que j'ai le droit à me remettre un peu entre les mains de deux personnes que je respecte, qui vont m'aider si j'en ai besoin, c'est admettre que je ne peux pas tout toute seule. C'est accepter qu'on me donne des conseils, qu'on m'engueule aussi si nécessaire, qu'on m'accompagne et qu'on me dorlote, aussi, un peu. Je me suis privée de ce bonheur l'an dernier, une première bêtise que je ne renouvelle pas en 2e année. Et puis, dans la série je régresse et c'est bon, j'ai enfin découvert la tut, qui m'aurait sans doute évité bien des désagréments. Ma filleule m'a offert ma première tut. Bon, d'accord, on fait un peu dans la confusion des générations mais c'est pour la bonne cause. J'en ai une bleue et une noire. Je la tétouille et la tripatouille sans arrêt. C'est génial, ce truc. Voilà. Bravo joue au bébé, c'est un peu du chiqué (hé hé) car je sais bien que c'est moins difficile que si j'en étais vraiment au début. Mais c'est une régression nécessaire. Etre bébé dans un nouveau départ, recommencer à grandir, à apprendre, retrouner au nid le temps que mes ailes soient bien fortes (si on pense que je tiens du condor, n'est-pas, Lain?) ou ma carapace bien épaisse (si on pense plutôt tortue, ce qui correspond mieux à ma façon de voir les choses en ce moment). Je parlais d'envol, j'aurais mieux fait de me hâter avec lenteur. Une belle journée à parrain Akita, à marraine Annema, à ma chère filleule Frankoise et à toute la tribu. Et n'oubliez pas: c'est bon la régression!
Posté le 30 septembre 2009, à 14:56
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Rechute ou parenthèse?
Mardi matin, au bureau, beau temps, j'entame mon 5e jour. Après avoir remis mon compteur à zéro, la demaine dernière, je suis partie à Paris, passablement anéantie. Train, réunion (où je n'ai rien compris, rien retenu, comme si on me faisait jouer dans un film muet). Sortie de réunion vers 16 h. Métro, pour rentrer chez mes parents. Je sors du métro, et je sais que je vais refumer. Je n'en ai pas fini avec mon coup dur. Le choc est passé, mais pas les vagues de tristesse, de cafard, de déception, l'impression d'être toute vide, toute molle. J'achète un paquet de camel. Et je fume. Je fumerai toute la soirée, toute la journée du lendemain, toute la journée du surlendemain. Comme avant. De la clope dès le matin avec le café jusqu'à la clope du soir avant d'aller me coucher. Je fais ça avec application, détermination, sans culpabilité. J'en ai besoin. Et je m'en fous. Je n'ai pas de plan. Je parle, beaucoup, avec ma mère, avec ma fille, elles me soutiennent. Retour à Marseille, discussions, explications, retrouvailles, toujours la clope au bec - le paquet de camel est fini depuis longtemps, j'ai racheté du tabac à rouler -. Vendredi matin, j'ai un avion à prendre pour retrouver ma filleule, je me colle un patch et me voilà partie.Je retrouve ma filleule, départ pour Cancale. Tout le week-end, on parle, on marche sur les sentiers de rando, on mange des huîtres et du crabe, on parle encore et encore, elle me soutient. La plaie est recousue. Elle me fait encore un peu mal. C'est sensible, il faudra faire attention à ne pas la gratter, à ne pas la cogner par inadvertance. Faire très attention. On parle encore, et je comprends tout. Je comprends les choses. Le plus dur, c'était le pourquoi, c'était l'incompréhensible. Mais maintenant, j'ai compris. Ma filleule m'offre une tut, je l'ai à la bouche, là, tout de suite. Je reprends l'avion, retour à Marseille. J'ai de la fièvre. Seule dans l'appart avec mon fils. La fièvre tombe, je dors comme un bébé. Apaisée ce matin, encore un peu chancelante, comme en convalescence, mais la guérison approche à grands pas. Et je comprends autre chose, avant de m'endormir. C'est que peu m'importe la question de savoir si j'ai fait une rechute ou une simple parenthèse dans ma défume parce que j'en avais besoin. C'est le choix que je ferai le lendemain matin de fumer ou pas qui en décidera. J'ai le pouvoir de faire ce choix. Ce matin, j'ai décidé que je ne fumerais pas aujourd'hui. Je suis en 2e année de défume, chaque jour de cette 2e année est comme une page blanche où je peux décider de l'histoire que j'y écrirai. Aujourd'hui, 5e jour de l'an II de ma défume, je ne fumerai pas. Je dis merci à la tribu, je dis merci à ma mère, à ma fille, et un merci gros comme ça à ma filleule.
Posté le 29 septembre 2009, à 09:49
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Pourquoi remettre mon compteur à zéro
Je suis décidée. A le remettre à zéro. Ca ne remet en rien en cause le chemin parcouru pendant plus d'un an. Non, c'est pour moi un moyen de rebondir, de repartir sur de nouvelles bases. Ma 2e année sans tabac ne ressemblera pas à la première. Elle commence aujourd'hui. C'est que si je n'avais pas changé mon compteur, j'aurais pu être tentée de "craquouiller" à nouveau. Pour de bonnes... et de mauvaises raisons. Je veux pouvoir dire que je n'ai pas fumé depuis x temps sans avoir à rajouter "sauf x fois". Ces deux cigarettes hier, le mal être que je sens aujourd'hui imposent de ma part un acte fort. Un acte symbolique fort. Je ne renie pas tous ces jours sans fumer, je m'offre une nouvelle chance, j'ai besoin de retrouver cette vigilance des premiers jours. J'ai cru être libre. Je savourai cette liberté. Sans clope sans patch. Un peu trop confiante peut-être. Mais tellement à mille lieux de tomber de si haut! J'ai repris l'entraînement pour le Marseille-cassis. A fond. Je pars quelques jours, je m'éloigne de ce qui m'a fait souffrir et ma foi, on verra bien. je m'accroche à un truc, un seul: aujourd'hui je ne fumerai pas. Merci la Tribu d'être là.
Posté le 21 septembre 2009, à 16:10
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Après l'envol, le crash
Mes doigts sont tellement faibles ce matin que j'arrive à peine à taper. J'ai découvert hier quelque chose que je n'aurais jamais dû savoir. Par hasard. Quelque chose qui m'a fait horriblement mal. Je n'arrêtais pas de trembler, de pleurer. Une trahison. J'ai dit à mon fils que vu les circonstances, il devait m'autoriser à fumer. Il l'a fait tout en me consolant. J'ai fumé deux cigarettes. Pourquoi, alors que c'était moi qui souffrait, fallait-il que j'inflige une violence à mon corps? Ce matin, la tête dans le sac tellement j'ai bouffé de lexo hier, j'ai eu le réflexe de me repatcher. De prendre une pastille. J'ai fait des provisions d'eau. Je vais boire, boire, jusqu'à éliminer ce lexo, je vais boire, boire jusqu'à sortir cette souffrance de mon corps. Je vais manger des légumes. Peut-être aller me faire masser. Je vais me reconstruire, sans clope. Je remets mon compteur à zéro. J'ai pris trop tôt mon envol. Merci à la tribu d'être là.
Posté le 21 septembre 2009, à 08:47
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Prendre mon envol
Couper un à un les fils de la dépendance. Sentir, en ôtant le dernier quart de patch que la liberté est là. Prendre encore quelques pastilles, par-ci, par-là, notamment quand il y a danger. Mais ça y est. La liberté est là. A un an et je ne sais plus combien de jours, la liberté est là. J'ai décidé de ne plus prendre de susbstituts. Du tout. Même si j'en garde dans mon sac au cas où. J'ai l'impression qu'en continuant à en prendre, je garde un lien avec le tabac. Je n'ai pas décidé, mais par contre je ressens le besoin de m'éloigner du stop. J'ai l'impression, là encore, que ça m'empêche de couper définitivement les ponts avec la clope. En fait, j'en ai assez. D'y penser. D'en parler. Je veux vivre sans. Passer à autre chose. J'ai passé ma première année à me sevrer. Je veux passer la 2e et les suivantes à vivre. Sans que la clope occupe tout l'espace, par sa présence, par son absence.
Posté le 14 septembre 2009, à 11:52
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Moi, ton corps
Moi, ton corps Tu m’as négligé, Oublié, Maltraité Tu m’as infligé des breuvages Tant et tant Qu’ils m’ont conduit à l’oubli, L’amnésie, Le malaise blafard, Je criais plus jamais Et tu recommençais Tu m’as infligé la fumée, Tant et tant Que j’en ai presque étouffé, Mais tu m’y as habitué Je savais, Je criais plus jamais, Mais moi-même, Piégé, J’en redemandais Tu m’as offert à des inconnus, Sans nom et sans visage, Tu croyais bien faire, Qu’ils allaient m’aimer, Mais ils se sont servis, Ils sont partis, Seul je suis resté, Brisé, Trompé Je criais plus jamais Et tu recommençais Moi, ton corps, Que tu as empoisonné, Maltraité, Violenté, Je voudrais que tu m’écoutes, Un peu, Un tout petit peu, Je t’ai toujours été fidèle, J’ai encaissé sans trop broncher, Toujours je me suis relevé. J’ai porté et nourri tes enfants, Je t’ai accompagnée Dans les montagnes Des heures durant, Je t’ai donné des plaisirs, Je t’ai donné le plaisir. Je ne te demande même pas De me remercier Mais seulement, S’il te plaît, S’il te plaît, De m’écouter un peu, Un tout petit peu Et puis aussi, D’apprendre à m’aimer, Un peu, Un tout petit peu. Car penses-y ! Que serais-tu sans moi, Moi, ton corps ?
Posté le 24 août 2009, à 10:56
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Besoin des autres
Bien chère tribu, Je ne sais pas comment c'est pour vous, mais moi, j'ai été éduquée dans l'idée que je ne devais rien attendre des autres, qu'il ne fallait jamais rien demander, qu'il fallait compter uniquement sur soi-même, et qu'on était tous fondamentalement seuls dans la vie. J'ai fonctionné ainsi qu'on me l'avait enseigné sans me poser de questions. Ce n'est qu'au cours de ces dernières semaines, particulièrement à l'occasion de mon voyage en Colombie, que j'ai réalisé ce que cette façon de voir les choses avait de profondément désespérant. Je n'en veux nullement à mes parents de m'avoir élevée ainsi. Ils ont leurs raisons que je comprends et que je respecte. En plus, j'en ai tiré certaines choses positives, comme le fait d'avoir toujours été indépendante financièrement. Seulement, quand on n'attend rien des autres, on ne leur donne rien non plus. Inutile d'être généreuse, de faire des efforts puisque d'avance, je sais que je ne recevrai rien en retour, que je serai déçue. J'avance, seule dans la vie, seule face à mes difficultés, les autres sont un "plus", pour les jours favorables, pour les réjouissances, rien d'autre. Quand ça va mal, je me replie, tout sauf appeler à l'aide. J'ai appris deux choses. Un, qu'on pouvait donner, sans forcément attendre quelque chose en retour. Deux, qu'on pouvait recevoir sans forcément avoir donné ou devoir donner. Qu'on avait le droit d'être généreux. Qu'on avait le droit d'être aidé. Ces choses-là, je les ai apprises grâce à la défume, ou, plus précisément, grâce à ce que la tribu a fait de ma défume. Je savais donc, au fond de moi, que je n'avais plus à m'interdire de donner, que je n'avais plus à m'interdire de recevoir. Mais la prise de conscience est arrivée d'un coup, bon sang mais c'est bien sûr, comme un truc qui me soulevait de terre, comme si subitement le sang qui coule dans mes veines était devenu plus chaud, comme si ce vide froid que je ressens parfois en moi était enfin comblé. Je ne suis pas seule. Arrivée en Colombie, dès les premiers jours, j'ai eu subitement l'impression que nous, avec notre mode de vie soi-disant civilisé, nous n'étions en fait que de grossiers personnages égoïstes. Politesse minimale quand, en face de nous, dans les restos, dans les bus, partout en fait, les gens étaient attentifs, souriants, bienveillants, généreux. Tu cherches ton chemin? On ne se contente pas de t'indiquer la direction, on t'accompagne. Sans rien demander en échange. Le chauffeur du taxi collectif sait que tu dois prendre tel bus? Il va faire un détour pour que tu puisses rattraper celui qui vient de partir et t'éviter ainsi d'attendre le suivant pendant un quart d'heure en plein soleil. Le plus incroyable de tout. Dans un village de la zone caféière, après quatre nuits dans un petit hôtel charmant, l'unique distributeur de billets était en panne. La dame ne prenait pas la carte bleue. Impossible de payer l'hôtel. Et là, la dame nous dit: pas de problème, d'abord il vous faut de l'argent pour votre voyage, et elle nous change les quelques dollars que nous avions. Et puis, une fois que vous serez arrivés à Cartagena, voici mon numéro de compte, vous allez à telle banque et vous me faites un virement. Et elle nous laisse partir, comme ça, sans autre garantie. Et moi, je la regardais, scotchée, les larmes aux yeux, me disant que jamais, jamais, on avait fait preuve avec moi d'une telle confiance, d'une telle générosité, cette dame que je ne connaissais même pas, incroyable. Le shoot. Le shoot de générosité, le shoot de solidarité, ce truc qui te fait décoller et t'envahit comme une vague, ce truc qui fait que tu sais que plus rien ne sera jamais comme avant parce que tu n'es plus seule. Tu n'es plus seule. Et donc, tu n'as plus besoin de fumer. Plus besoin. Grâce à la tribu, j'ai appris que je pouvais donner et recevoir. Grâce à la dame de Salento, j'en ai pris conscience. La vache!
Posté le 17 août 2009, à 10:01
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Les antidépresseurs: pourquoi maintenant?
Bien chère tribu, Quitte à faire dans l'effeuillage, autant tout vous dévoiler. Y compris ce dont j'ai plus de mal à parler, car autant on peut être satisfait d'en avoir terminé avec les patchs, autant c'est plus difficile de raconter qu'on a besoin d'antidépresseurs. Qui signifient que si je ne dois plus chaque jour me coller une étiquette sur le corps, j'ai besoin chaque jour d'avaler ma petite pilule du bonheur. Je m'attendais un peu à devoir y recourir. D'expérience. Lors de ma précédente défume, je m'étais fait cueillir par des crises de larmes, au bout de six mois en particulier, et le médecin m'en avait prescrit. Cette fois, j'ai accepté les crises de larmes comme faisant partie de ce changement profond et incontournable qui accompagne la défume, j'ai accepté d'être vulnérable, j'ai accepté de prendre les émotions en pleine poire car j'étais bien décidée à ne plus les étouffer en même temps que j'écrasais mon mégot. De fait, ce n'est pas ce qui m'a conduit aux antidépresseurs. Ni même les trois taffes du mois d'avril (j'ai simplement pris un anxyolitique léger, même pas une benzo). Un peu plus mon pétage de plombs d'un dimanche soir que la tribu m'a aidée à surmonter et qui était en fait une crise de panique. Non, ce qui m'a incitée à en prendre, ça a été une insurmontable et douloureuse incapacité à agir, dont j'ai parlé ici au sujet de mon travail mais qui concernait en fait de nombreux aspects de ma vie. Je ne me sentais bien que quand je n'avais rien à faire, sauf quelques rares activités - lecture, cuisine, farniente dans les calanques. Je l'ai admis jusqu'à un certain point. Au-delà, non seulement c'est handicapant au quotidien, mais ça devient désespérant. Et une spirale s'installe: plus on est mal, moins on peut agir, moins on peut agir, plus on est mal. Ajoutez à ça des trouilles et des apréhensions au sujet de tout et de n'importe quoi (peur dans la mer, peur en rando, peur dans l'avion, peur d'être malade, bref, peur de mourir), ça commence à ne vraiment plus le faire. J'ai donc commencé les AD au mois de juin et, après quelques ajustements nécessaires sur la molécule et le dosage adéquats et quelques effets secondaires, je crois être arrivée à trouver un équilibre. J'arrive à bosser sans trop souffrir et, d'une manière générale, à faire avancer les choses. Mais sans me faire violence et sans revenir sur ce que j'ai déjà expliqué au sujet de mon travail. Simplement, au lieu d'être paralysée et incapable de me bouger, j'ai suffisamment d'énergie pour commencer à chercher des solutions à mon ennui au travail. Et puis, je n'ai plus peur. Je peux m'endormir tranquillement en avion, nager une heure dans la mer sans être crispée et j'ai cessé de me passer des mauvais films. J'ajoute que ce traitement n'est en rien un étouffoir d'émotions. Les larmes et les rires sont là et bien là. J'en reviens donc à la question du début. Pourquoi maintenant? Eh bien, il me semble que c'est l'abandon de la nicotine qui rend ce traitement nécessaire, le temps, quelques mois probablement, d'arriver à fonctionner sans, tout en remettant en place dans ma vie ce qui doit l'être. Pensées chaleureuses
Posté le 11 août 2009, à 14:29
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La danse des sept patchs
Ou comment j'ai renoncé aux substituts D'abord, il y a eu la question du choix des armes. Je m'étais fait avoir, un an plus tôt, par les Nicorettes 16 h, tout simplement parce qu'il m'arrive d'avoir des journées bien plus longues. Et parce que, quand je faisais du sport, ils avaient tendance à se décoller. Et que je ne savais pas que je pouvais cumuler. Avec des pastilles, des chouingues, quant aux tuts, j'ignorais jusqu'à leur existence. Donc, attirail tout terrain adapté à mon cas: Niquitin transparents 14 mg/24 h, résistants à l'eau de mer et à la course à pied (mais que je retire la nuit) et pastilles menthe fraîche niquitin dosées 2 mg (j'en prends une moitié à chaque envie de fumer, à la fin des repas, parfois avant quand je sens que je bouffe trop). Le tout, pendant trois mois. Au bout de trois mois, commence l'effeuillage. Progressif, trrrrèèès progressif. Je suis en voyage au Pérou, entourée de fumeurs et là, je coupe en deux des 21 mg/24 h. Autrement dit, je suis passée de 14 à 10,5 mg. Et quelques pastilles. Au bout de six mois, le triangle rétrécit encore: du 21 mg coupé en deux, je passe au 14 coupé en deux (donc, de 10,5 mg à 7 mg, vous suivez?). J'arrête les pastilles sans trop m'en rendre compte, je ne sais plus exactement à quel stade. A huit mois, patatras, suite à soirée alcoolisée, je prends trois taffes (voir articles consacrés à cette navrante circonstance). Sauvée de justesse par la tribu, j'augmente le dosage pendant quelques jours et j'attaque aux antidépresseurs (légers, petit dosage). Je repasse rapidement aux 7 mg. En juin, on peut se déshabiller un peu plus. Je tente l'expérience: couper les patchs en quatre. Un tout petit triangle sur l'épaule, 3,5 mg, pour voir, parfois je repasse à 7 mg, les jours un peu speed ou à risques. Début juillet, je m'envole pour Bogota. Dans mon sac, patchs + pastilles au cas où. Je ne sais pas trop ce qui m'attend encore. Mes amis et les amis de mes amis sont tous non-fumeurs. On voit d'ailleurs très peu de gens fumer dans les rues, aux terrasses et c'est interdit dans les lieux publics. Je tente le coup: plus de patch. Sur le moment, j'en ressens une immense libération puis j'ai l'impression que ça me rend un peu irritable. Je remets le patch version string en me disant qu'il sera bien temps de le retirer plus tard. Jusqu'au moment où je l'oublie jusqu'au moment de me coucher. Pour la première fois de ma défume. Tiens, je n'ai pas mis de patch de la journée et il ne s'est strictement rien passé! Voilà. A onze mois, j'ai abandonné tout substitut. Il était temps: nous avons atterri dans un parc national sur la côte caraïbe, ambiance mer transparente et cocotiers, un baigneur tous les 200 m et les plus belles plages étaient naturistes. Outre que je me serais sans doute fait jeter, car un patch, si petit soit-il, couvre un peu de nudité, ce qui est tout à fait contraire au principe du naturisme, quel plaisir, quelle libération de nager SANS RIEN! Il y a ainsi des choses qu'il faut savoir faire sans précipitation, lentement, progressivement, en jouant un peu, le patch comme accessoire érotique, - après tout, la clope ne l'était-elle pas - jusqu'à parvenir à l'essentiel dans sa nudité, non pas une nudité privative mais une nudité assumée.
Posté le 7 août 2009, à 10:12
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Retour de l'Eldorado
Bien chère tribu, Me voici de retour après trois semaines de périgrinations en Colombie, trois semaines de rêve, d'aventure et de liberté, trois semaines durant lesquelles j'ai marché, nagé, pris des bus, des avions, des bateaux, trois semaines qui m'ont permis de faire des rencontres magnifiques, de progresser en espagnol, de découvrir un peu plus des autres et de moi-même, trois semaines toujours sans fumer, 11 mois passés, et le patch oublié! Je pense que cette fois, le récit de mon voyage aura davantage sa place sur un site dédié aux voyageurs d'autant que, comme je vous l'écrivais avant de partir, l'information sur ce beau pays est bien rare. Mais je vous en donnerai le lien. Et peut-être certains aspects, plus personnels. Je vous souhaite à tous un très bel été, de bonnes vacances à ceux qui vont partir ou qui y sont, et plein plein de courage, de détermination et de joie de vivre dans cette difficile mais passionnante aventure qu'est la défume!
Posté le 31 juillet 2009, à 11:41
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Nouveau départ
Me voici à quatre jours de partir vers de nouveaux horizons, de nouvelles aventures. Lundi, je m’envole pour Bogota. Ma récompense, après dix mois de défume. Je peaufine le projet. Comme la Colombie n’est pas une destination touristique habituelle, il n’y a que peu de guides disponibles, seulement le Lonely Planet en anglais, et je découvre avec bonheur une nouvelle ressource, les forums et blogs de voyageurs, qui racontent et qui m’aident à tracer mon chemin, à imaginer les semaines à venir, à déjouer certains pièges, à éviter les mauvais plans. Là s’arrête la comparaison avec le Stop. Les voyageurs ne forment pas une tribu soudée. Par définition, ils vont en solo, ils évitent les groupes. Ils racontent leur histoire mais ça ne discute pas des masses sur les forums. Un post obtient au maximum une ou deux réponses, parfois assez longtemps après avoir été envoyé. Et puis, il n’y a pas de parrains /marraines. Mais ça donne des idées. Surtout dans une phase de ma vie où je m’interroge sur ce que je veux vraiment, sur ce que je suis, sur ce que je veux faire de ma vie. J’ai toujours rêvé de partir faire un très long voyage de plusieurs mois. D’un an peut-être. Avoir du temps, vraiment du temps. Ne pas être frustrée comme lors de chaque voyage parce que je n’ai pas eu le temps d’aller à tel endroit, que je suis passée trop vite à tel autre, etc. Et j’ai vu que des gens le font. Ils économisent, ils prévoient leur coup bien à l’avance et puis un jour, ils se lancent. Alors pourquoi pas moi ? J’ai décidé d’explorer un tel projet. Pas tout de suite, mais je peux commencer à mettre des sous de côté, j’ai quelques jours sur mon compte épargne temps, plus des congés annuels, plus des congés « pour convenance personnelle » si nécessaire. Le pied, ce serait de faire ça à l’occasion d’un changement de boulot, ce que j’envisage également. Je réalise que c’est très possible. Que ça l’est pour mon chéri également (si j’arrive à le convaincre). Avec ce projet, je sens que je vais mieux. Je suis à nouveau dans le désir. Le désir, c’est le contraire de la dépression. Les antidépresseurs commencent, je pense, à faire leur effet. Et puis, l’idée de ces vacances, certainement. Mentalement, je suis déjà dans mon hamac, dans la torpeur de l’heure de la sieste, l’œil perdu au loin sur la mer des Caraïbes… Je vous raconterai, la Tribu. Et je sais que je pourrai compter sur vous s’il faut lancer une souscription pour verser une rançon aux FARC. En général, c’est un million de dollars…
Posté le 2 juillet 2009, à 16:07
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Etape après étape
Les 300 jours à peine passés, voici les 10 mois. C’est bien dix mois, aussi, c’est un nombre à deux chiffres, la dernière ligne droite pour arriver à l’année complète. L’importance des étapes. Par exemple, se dire « un jour, je serai dino ». Frankoise l’a très bien écrit : cette pensée nous permet de surmonter les envies, de surmonter la fatigue, de trouver la force de faire face à ce grand chambardement qui arrive après 30 ans ou plus où chaque jour, des centaines de fois par jour, on a porté la main à ses lèvres pour aspirer la fumée, compagne des instants avec, des instants sans, parfois avec plaisir, parfois par automatisme, juste pour continuer, pour s’accrocher à quelque chose. D’un coup on est tout nu. Bizarrement tout nu. C’est un peu ça qui reste à dix mois. L’envie de fumer, non, je pense qu’elle a disparu. Eventuellement, une compulsion pourrait me cueillir, comme ce fut le cas un certain soir d’avril, trois taffes, mais à présent, je connais le coup, je veille. Je ne rêve plus que je fume. En tous cas, ça ne m’est pas arrivé depuis longtemps. Je ne suis plus dans la souffrance de l’arrêt du tabac. Mais je me sens un peu bizarrement démunie. Ca, c’est toujours un peu là. Je ne pourrais pas dire que je ne pense plus à la cigarette. Non, en réalité j’y pense chaque jour, plusieurs fois par jours. Mais ce n’est pas au fait de fumer que je pense. Il m’arrive, volontairement, de m’imaginer en train de tirer sur une clope mais comment dire ? C’est comme si cette représentation ne me parlait plus. Non, ce à quoi je pense, souvent, c’est à tout ce que la défume a changé dans ma vie. Et sur comment faire avec ce changement. Comment construire ma vie sans la clope. Comment envisager mon travail. Comment gérer mes peurs. Comment gérer mes émotions. Comment faire face au stress. Comment faire face à l’ennui. Les réponses, elles se présentent progressivement, peut-être pas complètement, peut-être pas de manière entièrement satisfaisante, mais ce sont des réponses vraies, celles où c’est moi, Bravo, qui décide, et non pas une substance addictive, un besoin chimique qui me fait croire que quand je le satisfait, ça va mieux, un besoin que je me suis créé justement pour ne peut-être pas avoir à m’occuper des autres besoins, de mes besoins réels et fondamentaux. Au dixième mois, c’est à ceux-ci que j’ai décidé de répondre. Dernière ligne droite avant l’année complète.
Posté le 19 juin 2009, à 10:04
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300 jours : temps d'une pause
300 jours. C'est un joli chiffre rond, 300. 300 jours, le temps d'une pause. Comme un randonneur qui a gravi une grande montée, parfois dans l'enthousiasme, parfois en souffrant, en suant, en se disant j'y arriverai pas... Et puis, il pose son sac. Regarde le chemin parcouru. S'asseoit, étend ses jambes fatiguées. C'est la pause. On souffle, on respire, on se restaure. 300 jours et j'ai décidé que, pour me récompenser, je ne travaillerai pas aujourd'hui. C'est que je suis fatiguée. J'ai besoin de me poser, de regarder le chemin parcouru, de prendre le temps d'anticiper les difficultés à venir. De repérer le parcours, sur la carte, d'observer le terrain. D'inventer des solutions. 300 jours. Ca fait une semaine que je prends les antidépresseurs que la tabacologue m'avait prescrits fin avril. J'avais décidé d'attendre, de vérifier si je ne pouvais pas faire sans. J'ai préféré faire avec. Pour relacher la pression, me donner le temps d'inventer mon itinéraire. D'élaborer tranquillement des solutions nouvelles, durables. Ce qui ne peut se faire quand on se sent au pied du mur. J'ai longtemps pratiqué la politique du pied du mur. Ne pas se donner le choix pour être certain d'agir. Mais, au pied du mur, je fumais, toujours, beaucoup. 300 jours. J'ai failli, poussée comme d'habitude par la culpabilité, non en fait, même pas par une culpabilité réellement ressentie mais par une culpabilité redoutée, j'ai failli sauter de mon lit et me précipiter sans réfléchir au bureau. Et puis j'ai pensé que non. Mais j'ai encore des progrès à faire, il a fallu que ce soit mon chéri qui m'y autorise. Qui me dise que je donnais assez comme ça. 300 jours. Je ne veux pas refumer. Et pour ça, pour pouvoir repartir, avec tonus, avec optimisme, je dois me reposer. Faire ce qui est important. Vraiment important. 300 jours. Merci la tribu. Merci de m'aider à y voir plus clair. A voir ce qui est vraiment important.
Posté le 16 juin 2009, à 09:54
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S’attaquer aux vrais-faux problèmes
Je me lance, je pense qu’on se connaît assez maintenant pour que je vous parle d’un problème qui me ronge, jour après jour, auquel je n’arrive pas à trouver de solution satisfaisante, un problème qui me fait honte. C’est l’ennui au boulot. J’ai d’autant plus honte d’en parler que c’est déjà pas mal d’avoir un job en ce moment, un job protégé, qui plus est, dans l’administration, où on me fout une paix royale, où je m’organise comme je veux. Le rêve quoi, sur le papier en tous cas… Oui mais voilà. Manque la petite étincelle, le petit quelque chose qui me donne envie d’avancer, la curiosité d’aller plus loin, les relations stimulantes avec des collègues, le sentiment de faire quelque chose d’utile. D’ailleurs, que je travaille beaucoup ou pas, que je sois là ou pas, personne ne s’en aperçois vraiment, pourvu que je rende un boulot de qualité correcte de temps à autres pour rappeler que j’existe. La plupart du temps, je passe ma journée entière dans mon bureau, à l’ordi, et je ne vois personne, c’est inutile pour le travail que je fais. Quel rapport avec la clope ? Eh bien, quand je fumais, la clope était une stratégie de l’instant qui m’aidait à surmonter cet ennui. Je termine de rédiger ce chapitre, ou je finis mon tableau Excel et je vais m’en fumer une. Quand vraiment je n’étais pas motivée, les pauses clopes se succédaient, je finissais la journée les poumons explosés et la tête vide d’ennui. Depuis que j’ai arrêté de fumer, je considérais mes difficultés au travail comme un dégât collatéral de l’arrêt de la clope. Je m’étais résolue à l’accepter comme tel, à accepter pour un temps d’avoir du mal à me concentrer, de m’interrompre à peine au bout de dix minutes de lecture ou de rédaction pour venir sur le stop ou tripatouiller n’importe quoi sur Internet. Au bout de neuf mois d’arrêt du tabac, il n’est que temps de regarder les choses en face. La clope, c’est pas le problème. Parfois, la petite lueur s’allume, je bosse sur un dossier qui me plaît, j’ai la pêche, bref, pour une raison que je ne m’explique pas tout à fait, j’y crois et je me dis enfin ! j’ai surmonté l’ennui. Et pof, ça retombe au bout de deux ou trois semaines et c’est reparti pour six mois de morne plaine. Ou bien, pour contrer cette inertie, je me colle des tas de responsabilités sur le dos comme je l’ai fait en février-mars (examen professionnel dont tout le monde se fout, participation à divers travaux qui me valent de fastidieuses réunions à Paris au prix d’un lever à 4 h du matin, etc.) et du coup, je finis à cran, tout près, vraiment tout près de la rechute. J’essaie aussi des petites stratégies quotidiennes : noter dans un cahier ce que j’ai à faire, me fixer au jour le jour des objectifs clairs et possibles à atteindre. Mais ça ne marche qu’un temps. Entre le speed infernal et l’ennui débilitant, je ne trouve pas l’équilibre. Et je me sens coupable, horriblement coupable. Au bout du compte, j’arrive, vaille que vaille, à faire ce pour quoi je suis payée. J’arrive même à passer pour un « bon élément ». Mais je souffre pour y arriver, je dois me faire violence, je dois me forcer. Finalement, seule la culpabilité a raison de mon ennui. Alors hier, j’ai consulté mon pote Google pour voir si des gens souffraient du même problème que moi. Après la mode du burn-out, pathologie du travail très en vogue ces dernières années, il paraît qu’existe le bore-out, qui se traduit par le manque de motivation, le sentiment d’être inutile, l’ennui profond, et la mise en œuvre de stratégies destinées à donner le change (en gros, les gens mettent une semaine à faire un truc qui demande deux jours, restent tard au boulot alors qu’en fait, ils vont sur des sites Internet, font leurs courses à distance, organisent leurs vacances, etc.). Il paraît que ça touche 10 à 15 % des travailleurs en « col blanc », que ça peut se traduire par des troubles divers (dépression, problèmes de sommeil, absentéisme), que le gros problème c’est que personne n’en parle, on vit dans une société où chacun est censé être « passionné » par son boulot et c’est trop la honte d’avouer qu’on s’emmerde. D’autres disent qu’il faudrait un peu arrêter de « pathologiser » chaque désagrément du quotidien. Ils n’ont peut-être pas complètement tort non plus. Dans l’administration, on a quelques beaux modèles de joyeux drilles qui n’en foutent pas une et ont l’air de s’en porter fort bien. Exemple, aujourd’hui. Je suis arrivée au boulot à 8 h 30. J’ai regardé les mails pro, rien de passionnant, cinq minutes. Après j’ai regardé la météo, pour voir si j’allais me baigner ce soir et au ciné demain ou l’inverse (mon dieu mon dieu, comme je suis à plaindre). Ensuite, j’ai regardé mes messages persos. Puis, je suis allée lire le blog de Frankoise. Et maintenant, j’écris cet article, il est déjà dix heures. Et je n’ai rien foutu. C’est nul. Des ennuis de nanti. Mais des ennuis quand même. Et je n’ai pas de solution. Sauf de penser à ma prochaine virée dans les calanques. Finalement, c’est déjà pas si mal. Au boulot, Bravo, au boulot maintenant.
Posté le 3 juin 2009, à 10:04
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Même plus envie
Hier, journée de rêve dans les calanques. Mer bleu pétant, tirant parfois sur le violacé, falaises blanches plongeant dans l'eau fraîche et transparente. Une des premières natations de la saison, les meilleures, celles où l'on redécouvre le goût du sel, les longs mouvements en apesanteur, la caresse du soleil sur le corps détendu par l'exercice, celle du vent léger, l'oeil perdu au loin, sur la ligne d'horizon bien nette, avec quelques bateaux qui se balancent doucement sur leur mouillage. Et, chaque fois, se dire, se répéter la chance qu'on a d'habiter cet endroit, l'un des plus beaux au monde, la nature totale, sauvage, à quelques encâblures à peine de la Canebière et de ses bagnoles. La dernière fois que j'étais venue là, j'étais fumeuse. J'dorais cette clope qu'on roule en sortant de l'eau, il faut bien se sécher les mains sinon, le papier se déchire, et puis faire gaffe avec le vent qui nous souffle sous le nez les brins de tabac, on doit parfois la recommencer deux ou trois fois avant de pouvoir s'allonger sur sa serviette, prendre avec satisfaction les profondes inspirations. Et alors là, le pied! C'est drôle, je n'y ai même pas pensé hier, après le bain. C'est aujourd'hui seulement que me revient ce souvenir de la clope du bain de mer, un souvenir désincarné, extérieur à moi. Qui ne me concerne plus. Idem au déjeuner, au resto de la calanque. En terrasse, c'est fou le nombre de gens qui clopent. A la table d'à côté, deux couples approchant la quarantaine, au moins cinq clopes chacun au cours du repas. C'est sans doute ce que j'ai fumé, la dernière fois que je suis venue. Et là, plus rien. Plus d'envie. Plus de tentation. Plus de souvenir sensuel. Toute à la joie du paysage, des sensations, de l'odeur de la mer, de la délicieuse dorade grillée quand on a bien faim après avoir nagé. Comme si celle qui clopait après le bain, qui clopait en buvant son pastis, qui clopait entre l'entrée et le plat, le plat et le dessert, avec le café puis encore après le café, comme si celle-là n'était plus moi. Et pourtant, je sais. Je sais que cette envie peut revenir me cueillir au moment où, comme hier, je n'y pensais même plus. Justement au moment où je n'y pense plus. Je le sais d'expérience. Mais tu ne m'auras pas. Aujourd'hui, j'ai coupé mon patch en quatre. Un petit éclat transparent posé sur l'épaule.
Posté le 2 juin 2009, à 11:16
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Neuf mois
Aujourd'hui j'ai neuf mois. Neuf comme 9, neuf comme tout neuf, nouveau, renouveau. Je cite JoM qui m'écrit, sur le forum, ces lignes magnifiques, JoM qui a su mettre des mots sur ce que je pressentais encore confusément : "J'ai l'impression que tu viens de traverser une crise imprévue, où le tangage s'est ressenti à des endroits dont tu ignorais même l'existence... là où tu cachais depuis si longtemps toutes ces marchandises inutiles, qui du coup viennent une à une sous tes yeux t'interroger : la lenteur, la torpeur, le plaisir grégaire, la modestie revendiquée... là où on s'autorise tout parce qu'on sait qu'on vaut par ce qu'on est, non par ce qu'on fait... La défume est une initiation à la métaphysique ! " Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être sur une plage, après que la tempête a ramené sur le rivage toutes ces choses enfouies dans la mer. Parfois depuis très, très longtemps. Et je chemine, avec un mélange de curiosité et de tendresse au milieu de cet improbable fatras de souvenirs, non pas des souvenirs de ce que je faisais ou de ce que je vivais, mais des souvenirs de ce que j’étais. De qui j’étais. Merci, JoM, d’avoir souligné que l’important, ce n’est pas de faire. C’est d’être. Alors, je regarde, je glane, je trie, je prends en main ces souvenirs que les vagues ont patinés, érodés, déformés et abimés parfois, je les caresse, je les mets dans ma besace, bien décidée à leur redonner vie. Je vous disais, la dernière fois, que j'avais renoué avec la petite fille lente. D’ailleurs, aujourd’hui, je suis en principe pressée. Mais j’ai choisi de prendre le temps. Prendre le temps d’écrire pour le jour de mes neuf mois. Prendre le temps de ce qui est important. Je ne veux plus me contraindre dans un rythme de vie qui ne me ressemble pas. Par exemple, accepter d’être timide. J’ai vécu comme une souffrance d’être timide, je voulais absolument surmonter cette timidité, j’ai donc développé cet incroyable culot propre aux timides. Mon premier acte de bravoure, c’était au cinéma, à 14 ans. Le film était en retard, très en retard. J’étais avec deux copains et leur mère. Cette dame, qui commençait à s’ennuyer ferme et ne savait probablement pas quoi faire de son fric, a proposé de donner 500 francs, une somme énorme pour l’époque, à celui d’entre nous qui aurait le courage d’aller ramper sur la scène du cinéma devant tout le monde. Peut-être pensait-elle qu’aucun n’oserait. Avant même d’avoir réfléchi à ce que je faisais, je me suis retrouvée, rouge comme une tomate, à ramper sur la scène, avant d’empocher, le cœur battant, mes biftons. Ca a été le point de départ d’une série de défis plus gonflés les uns que les autres, certains idiots, d'autres qui m'ont permis d'avancer, mais qui, chaque fois, me laissaient pantelante, épuisée, en nage, me disant « je l’ai fait ! ». Sortir de l’ombre. Vouloir qu’on me remarque. Surmonter l’image qu’on m’avait donnée de moi, timide, donc, lente, effacée, un peu grassouillette, un peu empotée, la larme facile, élève sage et appliquée. Devenir très mince, délurée, rapide, grande gueule, provoc, séductrice, sur le devant de la scène. Sortir de l’ombre. Oui, j’y suis arrivée. Mais à quel prix ! Au prix d’une lutte acharnée, menée à force de clopes, beaucoup de clopes, trop de boisson, trop de café, trop de tout. A neuf mois, je ne veux plus payer le prix fort pour coller à l’image de quelqu’un qui n’est pas moi. Je ne veux plus sacrifier le sommeil et le repos sous prétexte que la vie est courte et qu’on aura toute la mort pour se reposer. Je ne veux plus céder aux diktats d’une époque qui veut qu’on soit mince, musclé, bronzé, lifté, efficace, réactif, au courant, toujours jeune. Je ne veux plus que mes journées surchargées passent à toute allure, se succédant comme un film accéléré, jusqu’à ce que je crève dans la peau de quelqu’un d’autre. A neuf mois, il est temps de suivre ma pente naturelle, à neuf mois, j’ai profondément le désir de renaître à la vie, à ma vie. C’est ce que m’a appris de ne plus fumer depuis neuf mois. C'est ce que vous m'avez appris.
Posté le 19 mai 2009, à 11:44
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Et la vie continue...
Aujourd’hui, jour du beau vélo rouge de ma filleule, avec sa sonnette, ses sacoches, le vélo rouge rutilant qu’elle a enfourché officiellement ce matin (mais en fait, elle y avait droit dès hier, c’était hier le km 100). Et elle sait pédaler, maintenant, elle file avec sa nouvelle coiffure au vent, il va falloir suivre. Aujourd’hui, jour 265 pour moi, 100 jours avant d’atteindre de cap tant attendu de 1 an, un vélo à rebours (mais je ne peux pas t’emprunter le tien pour aller plus vite Frankoise, ce serait pas du jeu). Aujourd’hui, 30 jours de vie en plus. C’est un beau voyage, 30 jours, c’est plus long que mon dernier séjour au Pérou, à Noël, plus long que mon futur séjour en Colombie, en juillet prochain. Pas pu m’empêcher. J’avais mis des sous de côté, je repars. Bogota, 2600 m d’altitude. Une paille. Le pays des trois cordillières. La côte caraïbe. La salsa. Parler espagnol (eh oui, je travaille, je travaille et je commence à me débrouiller). Pour me reposer de ma langue maternelle. Pour jouer à être quelqu’un d’autre tout en restant moi-même. Elaborer un projet de fou : la Ciudad Perdida, un site paumé à trois jours de marche aller, deux jours de marche retour. Aujourd’hui, un jour comme un autre. Un jour comme j’essaie de les vivre depuis que je me suis pris les pieds dans le tapis. Un jour pas comme si c’était le dernier car j’aime fonctionner comme si j’avais 1000 ans devant moi, mais depuis que j’ai pris conscience de ce que valent ces 30 jours que j’ai gagnés, je n’ai plus envie d’en gâcher un seul avec des conneries. J’accepte qu’il y en ait des moins bien que d’autres, mais je ne veux plus faire moi-même mon propre malheur. Je mérite mieux. Aujourd’hui, un jour où je savoure mon café le matin, un jour où je me régale de voir un peuplier se balancer doucement dans le vent – je suis le peuplier ; où j’observe la mouette planer au-dessus de la mer – je suis la mouette ; où je bois avec avidité l’eau fraîche, tout simplement l’eau fraîche – je suis l’eau fraîche. Aujourd’hui, le jour où je repense à la petite fille que j’étais, une petite fille lente, on se moquait de sa lenteur et, comme chaque fois qu’on se moquait d’elle, la petite fille fondait en larmes. La petite fille, qui était lente mais tout de même très active, qui se hâtait lentement à mille trucs mais qui, à force, a fini par se convaincre que c’était mal, d’être lente. Qui s’est transformée en ado speed. En jeune femme speed. En femme plus mûre et toujours speed. Et qui fume. Beaucoup. Ca va avec. Et qui boit parfois trop. Et qui re-speede. Encore et encore. Aujourd’hui, le jour où je me réconcilie enfin avec la petite fille lente, qui a mille projets à l’heure mais les accomplit à son rythme, tranquille, confiante.
Posté le 12 mai 2009, à 14:21
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Les 3 mois de ma filleule!!!
TROIS MOIS, Frankoise, trois mois! Est-ce que tu l'aurais cru seulement possible, quand tu comptais 1/4 d'heure par 1/4 d'heure, puis 1/2 heure par 1/2 heure? Quand tu avais de la crème la laitière à la place de la cervelle, que tu avais plein d'infarctus, le gaz à tous les étages et que tu devais faire tourner chaque soir une machine entière de torchons? Ma filleule, je suis fière de toi. Si fière. Trois mois un premier mai. Jour du muguet, de la fête du travail, des défilés dans les rues. Trois mois pendant lesquels chaque jour et même plus, tu nous as tellement donné, tellement appris, et surtout régalés avec tes articles. On l'aime ton blog, Frankoise, on l'aime parce que c'est toi, on aime ce qu'il donne à voir de toi. Moi, ta marraine, je ne suis pas seulement fière de tes trois mois sans clope, je suis fière de ce que tu as été, de la femme que tu as été durant ces trois mois, de la femme que tu es, de celle qui se découvre petit à petit derrière le rideau de fumée, de celle que tu deviens. Oh oui, il y a des moments durs, vraiment durs. On se retrouve à se parler ou à s'écrire, au bord des larmes avec l'impression d'être au bord du gouffre. Tout ce que la défume révèle. C'est tellement intense. Comme souffrance. Mais comme joies aussi. Celle de se découvrir, celle des rencontres, de la solidarité et de la fraternité, comme tu nous l'as écrit hier soir. Viens, Frankoise, on va continuer ce putain de chemin en se tenant la main, on va bien rigoler, si on sent que ça tangue un peu, on s'accrochera, on va rigoler, on va pleurer aussi quelquefois, mais on va vivre, Frankoise. On va vivre. Pour de vrai.
Posté le 1 mai 2009, à 10:06
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Tiens bon la barre...
Je commençais à avoir la tête sous l'eau et à boire la tasse. Mais voila qu'on m'a d'abord lancé une bouée. Et soudain, j'ai vu plein de sauveteurs, en combi de plongée, en bikini, en maillot de compétition, ou même tout habillés faute d'avoir eu le temps de se changer. Tous ont sauté à l'eau. Et m'ont tendu une main, m'ont maintenu la tête hors de l'eau, pour que je reprenne mon souffle, et puis m'ont gentiment, doucement tirée vers le bord, m'ont fait remonter dans le bateau, m'ont enveloppée dans des couvertures, m'ont donné de la tisane chaude, m'ont dit tout plein de choses gentilles et réconfortantes. Et de ne pas avoir honte, car même quand on est censé savoir nager, ça arrive de boire la tasse. J'ai échappé à la noyade. Grâce à mes sauveteurs. Mieux qu'alerte à Malibu. Il faudrait leur décerner un brevet, à mes sauveteurs. Une médaille, même. Un peu secouée ensuite, j'ai récupéré. J'ai dormi, beaucoup, j'ai vu la tabacologue qui m'a donné des médicaments "pour me détendre" parce qu'elle dit que c'est très bien d'avoir échappé à la noyade mais que si je continue à me balancer en équilibre au-dessus de l'eau, à trop me pencher, à trop m'agiter, je vais de nouveau me foutre à la baille. Il faut toujours évoluer prudemment, à bord, une main pour soi, une main pour le bateau. Et puis, comme dit si bien le capitaine Haddock, le pire ennemi du marin [sur le bateau du défumeur, ça c'est moi qui le rajoute], ce n'est pas la vague qui déferle, ce n'est pas la tempête qui se déchaîne, c'est l'alcool. L'alcool qui fait perdre l'équilibre, qui fait perdre la notion des distances, qui fait confondre babord et tribord, le rouge et le vert, le haut et le bas. Et là, c'est la cata. Le marin ne peut se torcher qu'une fois à terre. Pendant les escales. A bord, il doit rester sobre. Et sur le bateau de la défume (ça nous change du train, et puis c'est bien une bouée, le signal d'alerte, et puis comme Frankoise, j'aime les ports et les bateaux), il n'est plus question de quitter le bord. J'ai sagement repris mon poste, petite brise et mer belle, je regarde l'horizon bleu, si bleu, je respire à fond cet air qui m'a manqué quand je buvais la tasse, je surveille le cap. Aujourd'hui je vais bien. Grâce à vous, moussaillons de mon coeur!
Posté le 27 avril 2009, à 16:49
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Huit mois et trois taffes plus tard
Les huit mois sont passés. Et puis trois taffes. Celles que j'avais failli prendre, il y a trois semaines, je les ai prises, avant-hier. Même contexte: alcoolisation. Et soudain, rien, plus rien ne pouvait m'arrêter. Pas même les personnes qui étaient avec moi puisque je l'ai fait en douce. Sous prétexte d'aller aux chiottes, sortie sur le trottoir devant le bar et là, aucun problème pour trouver un complice inconnu. Qui m'a filé une clope. Que j'ai allumée. Tiré une taffe, à fond. Une deuxième, puis une troisième. Vertige, sale goût, très sale goût, prise de conscience, horrible prise de conscience. BRAVO, MAIS QU'EST CE QUE TU FOUS BORDEL! Le lendemain: larmes, vomissements, larmes, vomissements. Il fallait sortir tout ça. Physiquement. Les trois taffes, oui, le trop d'alcool, bien sûr, mais aussi ce qui m'a conduit au trop d'alcool et aux trois taffes. Je sais ce qui se passe en ce moment. C'est très exactement ce que Frankoise a écrit dans son blog hier. C'est la fin de l'addiction. C'est accepter de vivre, c'est accepter de devenir soi-même, c'est apprendre à se connaître. Et ce qu'on découvre, derrière l'écran de fumée, c'est pas toujours joyeux. Pas toujours facile. Pour ne pas dire très dur. Parfois. Pas tout le temps. En ce moment, c'est très dur. Avec des larmes.Des rires, aussi, des moments de bonheur, de joie, des moments de repli total, mutisme et envie de m'enfouir sous la couette, d'avaler trois lexos et de disparaître, juste pour quelques heures, juste pour n'y être pour personne et surtout pas pour moi... J'ai pris des résolutions. J'ai augmenté mon dosage de patch, j'ai repris contact avec la tabaco. J'arrête l'alcool. Même en petite quantité. Je m'occupe de ma santé. Je ne me laisse plus embarquer à fond dans le boulot. Je prends mes distances. Je réfléchis. Je ne dois plus me faire de mal. Je ne dois plus m'infliger de tels accès de violence. Je ne change pas mon compteur. J'ai arrêté de fumer depuis huit mois. Je ne veux pas recommencer à fumer. Surtout pas. Mais il faut que je m'occupe de ça. Sérieusement. Ne pas recommencer à fumer.
Posté le 24 avril 2009, à 15:27
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Tout passe
Bonjour la tribu! Je vous avais dit la semaine dernière que j'avais failli craquer dans une circonstance particulière, que je me sentais à nouveau fragilisée. J'ai suivi les conseils que certains m'ont donnés, j'ai ré-augmenté la dose de patch. Un demi-patch 14 mg, coupé en forme de triangle, je trouve ça plus sexy, sur l'épaule gauche, un quart de patch 14 mg, coupé en forme de carré, car la vie est faite de formes variées et que trop de symétrie étouffe, sur l'épaule droite. Pendant une journée. Je suis donc très rapidement revenue à mes 7 mg en triangle sur une seule épaule. Et je voulais vous dire que ça va très bien, et que je n'ai plus envie de fumer. Je voulais vous dire que, même à près de 8 mois, mais je pense que c'est vrai à n'importe quel stade, à des degrés divers, l'envie de fumer peut revenir, que c'est décourageant parce qu'on pensait en avoir terminé, qu'on a l'impression de régresser; je voulais vous dire aussi que ça passe. Ca passe, c'est inéluctable. Et à chaque fois qu'on a eu cette impression de régression, en fait, on a progressé; on a surmonté, et on a progressé. Et on a encore moins envie de fumer qu'avant. Et surtout, on a appris à identifier de nouveaux pièges pour mieux les déjouer. Le printemps est là, avec des explosions de fleurs et de feuilles, des pies qui ont fait leur nid dans le peuplier, juste devant la baie vitrée, j'en suis à ma quatrième saison sans clopes, je commence ma quatrième saison. La fin de l'été, l'automne, l'hiver et voilà le printemps: l'année complète n'est plus bien loin. Je continue à dérouler la ligne de vie derrière mois et aujourd'hui, telle le petit poucet, je rajoute non pas des petits cailloux mais des oeufs de pâques. Et je vous souhaite à tous un très beau dimanche-lundi. Et n'oubliez pas, tout passe!
Posté le 12 avril 2009, à 11:24
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Stress, échec, réussite et tribu
Aujourd’hui, je fête une grande victoire : celle d’avoir réussi à passer sans clopes une période de stress soutenu, avec des journées de boulot de 12 heures scotchée à l’ordi, entre autres pour préparer un examen professionnel. Très con, d’ailleurs, l’examen professionnel, avec que des QCM qui jouaient sur les mots (d’ailleurs très mal traduits de l’américain), des quadruples négations, des pièges en tous genres façon code de la route. Du conditionnement et du réflexe purs. Très con, mais vraiment l’heure de vérité côté clope. En fait, c’était ça, le vrai test. Avec d’abord la clope du stress, du travail intense et des longues journées sous pression. La clope qui fébrilement accompagne la respiration, qu’on allume l’œil fixé sur l’écran de l’ordi ou qui force à toutes ces pauses. Qui rythme et accompagne l’effort tout au long de la journée. Le petit shoot, recommencé encore et encore, qui jalonne ces heures de boulot interminables. La clope frénétique. Et puis, la clope de l’attente. Quand on se pointe un peu en avance au centre d’examen, qu’on se dit qu’on va rester trois heures enfermé à plancher. On tourne un peu en rond. J’en voyais, parmi les autres candidats qui passaient leurs dernières minutes dehors, à tirer comme des malades sur leur clope du condamné. Moi, je ne savais pas trop quoi faire de moi. C’était la première fois que je passais un examen sans fumer. La clope d’après. Là, il y a deux versions. La réussite, clope récompense, et l’échec, clope consolation. Comme j’ai passé trois modules indépendants et que les résultats sont donnés automatiquement à la fin de chaque épreuve, j’ai su tout de suite que j’avais réussi la première fois, raté la deuxième et réussi la troisième. QCM : Vous avez arrêté de fumer depuis sept mois. Depuis un mois, vous travaillez douze heures par jour en vue de préparer un examen et vous vous présentez aux épreuves. Vous apprenez que vous avez réussi la première et échoué à la deuxième. Quelle est la clope dont vous auriez le moins envie : A. La clope frénésie B. La clope attente C. La clope consolation D. La clope récompense E. Aucune de ces réponses n’est vraie. Comme je suis sympa, je vous donne tout de suite la bonne réponse : c’est E ! Oui, à sept mois, j’ai eu une pensée pour chacune de ces clopes, peut-être même qu’elles m’ont manqué, au sens où je devais trouver autre chose pour me rebooster, pour me détendre, pour me récompenser ou me consoler. Mais aucune ne m’a fait envie. Deux remarques complémentaires sur ce que ça m’a appris. D’abord, quelque chose de très important sur ma relation à l’échec. Je n’aime pas, mais alors pas du tout ça, je le vis très mal, je suis très mauvaise perdante, mon chéri pourrait vous le dire, lui qui s’est pris le scrabble dans la figure plus souvent qu’à son tour. Donc là, j’ai vécu une situation d’échec. Rien de bien grave, pas d’enjeu professionnel majeur, je peux repasser l’épreuve en question. Mais vexée comme un pou ! Et là, peut-être parce que renoncer à la clope apprend à mieux gérer la frustration, j’ai eu l’impression de rebondir très vite et, après m’être raccrochée à quelques arguments de mauvaise foi du style « ce truc est vraiment trop con pour moi », j’ai admis que ben oui, j’avais été moins bonne que ce que j’espérais, que je n’avais pas assez bossé, bref, que je n’avais pas été à la hauteur. Belle leçon d’humilité m’a-t-on dit ce soir là. Alors un mot sur ce « on ». Une autre chose que j’ai apprise, à cette occasion, c’est que les tribuliens existent pour de vrai puisque j’en ai rencontré un. Je m’en doutais un peu, que toute cette histoire n’était pas si virtuelle que ça. Mais là, ça s’est confirmé. Comme je ne pouvais pas passer cet examen à Marseille, j’ai été accueillie deux soirs de suite par un membre éminent de la tribu. J’ai découvert qu’un tribulien n’était pas forcément tout vert, avec des antennes et des voyants lumineux partout. J’ai découvert que la solidarité et le soutien allaient bien au-delà de la défume. J’ai trouvé chaleur, sérénité, sympathie et discrétion, je me suis sentie choyée, et je suis certaine que c’est ce qui m’a permis de surmonter ma déception du premier soir et de mettre toutes les chances de mon côté pour la suite. C’était à la fois familier (on se connaît déjà pas mal, au travers des blogs, du forum, des messages privés, on s’est même souvent livrés au-delà de ce qu’on ferait dans une relation directe) et un peu intimidant, puisqu’on a jamais expérimenté la voix, le regard, la parole, l’écoute, la réponse, ce qui se fait, ce qui ne se fait pas. C’était plutôt se reconnaître que se connaître. N’avoir eu envie d’aucunes des clopes liées à une échéance stressante, avoir appris à gérer l’échec, avoir pu faire une nouvelle rencontre, voilà ce que je dois à la tribu en général et à un tribulien en particulier, qui m’ont permis de vivre cette expérience, de progresser dans mon apprentissage de la défume, de progresser dans mon apprentissage de la vie. C’est pas merveilleux ?
Posté le 26 mars 2009, à 16:23
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MA FILLEULE!
Chère Frankoise, J'aurais voulu être la première à te fêter ton premier mois sans fumer, mais j'ai été devancée!Peu importe. Tu es rentrée dans la vie de la tribu il y a un mois pile. Tu y a occupé une place grandissante, chaque jour on se précipitait pour lire ton blog, impatients de savoir si tu avais tenu, impatients de lire tes dernières leçons, de suivre le cheminement de tes réflexions. Tu y as démontré de l'intelligence à revendre, de la clairvoyance, de l'humour, de l'émotion, beaucoup d'humanité et d'intérêt pour les autres, un sens de la formule et du verbe, un rythme d'écriture, bref, tu nous as séduits, scotchés, bluffés. Et puis tu es rentrée plus précisément dans ma vie il y a dix jours, tu m'as fait le plus beau cadeau que je pouvais espérer pour mes six mois:me proposer d'être ta marraine. Alors, parmi les différents personnages dont tu t'es entourée dans ta défume, ton équipe de choc, je t'ai proposé d'être la consultante, tu as accepté que je devienne Madame Bravo, consultante. Je n'avais jamais pensé à "Madame Bravo" mais ça me plaît beaucoup avec son petit côté tenancière de bordel! Un mois, c'est une magnifique victoire pour toi. Je vais te raconter un truc. Le mois a une valeur symbolique très importante dans mon ex-belle famille, qui est vietnamienne. Mes enfants étant par conséquent à moitié vietnamiens, on a célébré dignement le premier mois suivant leur naissance. C'est que, on considère qu'à un mois, le bébé est viable. Je considère qu'à un mois, ton parcours de défume est viable, je suis convaincue que tu y arriveras, la tribu y veillera et, en tant que marraine, j'y veillerai tout particulièrement. Je continuerai à être autant que possible, une marraine sévère, une marraine-poule, une marraine attentive et disponible. Et puis, je veux te remercier. Pour tout ce que tu apportes à la tribu mais aussi pour tout ce que ça m'apporte d'être ta marraine. Tu as contribué à donner beaucoup de vie dans les débats sur le site, beaucoup de hauteur de vue. A ton contact, on progresse, je progresse même si j'ai quelques mois d'avance. T'avoir pour filleule m'invite à donner le meilleur de moi-même, m'interdit de flancher, me conforte dans mon propre parcours. Tu verras. Le plus dur est derrière toi. Il y aura encore des moments difficiles, mais petit à petit, ils vont se faire plus rares, moins intenses, Tentation va de plus en plus roupiller, et quand elle se réveillera, ta force d'intervention rapide l'enverra rapidement au tapis. Détermination, Obstination et Courage vont prendre de plus en plus d'assurance mais, à mesure que Tentation s'affaiblira, tu pourras leur accorder des RTT, voire des vraies vacances. Tu auras sans doute à compter encore sur Patience. Mais comme l'écrivait très justement un membre de la tribu, c'est quoi, quelques mois comparés à 30 ans de clope? Car tu peux en être certaine: dans quelques semaines, quelques mois, tu te diras un soir: "tiens, je n'ai pas pensé à la clope aujourd'hui". C'est inéluctable. C'est ça que tu dois te dire, ma filleule. Hier j'ai fêté avec émotion et à distance les 20 ans de ma fille. Je ne doute pas que le 1er mars 2029, nous fêterons les 20 ans de ma filleule, de notre Frankoise à tous!
Posté le 1 mars 2009, à 09:57
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Gérer la frustration
Oui, arrêter de fumer, c’est apprendre à gérer la frustration
. C’est infantile mais c’est comme ça. Le nouveau-né hurle chaque fois qu’il a faim, qu’il a soif, qu’il a sommeil, qu’il a mal, qu’il a froid, qu’un truc ne se passe pas comme il voudrait, que sa tute est tombée
. Après, il grandit, on l’éduque, il doit apprendre à patienter sans se rouler par terre avec des cris de rage. Maîtriser ses sphincters. Manger à l’heure des repas. Se coucher quand on le lui dit. Se laver quand il n’en a pas envie. Accepter qu’on lui dise NON de temps en temps, quand il exige qu’on lui achète TOUT le contenu de la confiserie, le dernier pistolet laser, la dernière playstation, qu’il ne veut s’habiller qu’en Quicksilver ou en Nike, à 100 € la moindre paire de godasses qui durera un mois, pas question, ça sera les baskets entrée de gamme à la halle aux chaussures, un point c’est tout
!
C’est pour ça que c’est régressif, d’arrêter de fumer. Car même si on l’a choisi et que ce ne sont pas les grands qui nous l’imposent, la frustration est là et bien là, et ça rappelle quelque chose
. La cigarette, c’était une forme de toute-puissance. Quand on voulait, autant qu’on voulait (ou presque). Dur d’y renoncer. Une frustration terrible. Qui donne envie de pousser des cris de rage et de se rouler par terre ou de pleurer à gros sanglots, comme quand on avait égaré son jouet préféré ou qu’on le retrouvait cassé. On se retrouve fragile comme un tout-petit. D’ailleurs, ce terme de sevrage… Et puis, même après, quand il n’y a plus le manque, qu’on a plus trop envie de fumer, il y a la frustration du doudou. La clope, mon doudou mental…
Donc, là aussi, on s’éduque. On apprend à se débrouiller sans, d’abord à gérer le manque puis l’absence du doudou, comme on a un jour arrêté de sucer son pouce en tripotant un vieux chiffon (j’en parle d’expérience, j’ai dû arrêter le pouce assez peu de temps avant de commencer la clope, sauf que pour faire l’originale, je ne tripotais pas un vieux chiffon mais je caressouillais les poils d’un pinceau – cherchez pas, c’est certainement sexuel). Donc, la clope on s’en passe. Au bout de six mois, on s’en passe même très bien. En a-t-on pour autant fini avec la frustration ?
La réponse, et c’est la mauvaise nouvelle du jour, c’est qu’on en a JAMAIS fini avec la frustration
. Depuis que je suis passée à 7 mg, et après avoir annoncé triomphalement que je n’avais pas pris un gramme et y être même allée de mon petit couplet sur le forum idoine, je réalise que ça devient difficile de contenir mon appétit et ses conséquences (la balance a commencé à m’envoyer quelques signaux). D’ailleurs, c’est en diminuant puis en arrêtant les patchs que j’avais pris 7 kilos, il y a quatre ans, et non pas au cours des six premiers mois. Donc, grand retour de la frustration : ou j’accepte d’avoir faim, ou je vais grossir, au choix. J’ai opté pour la faim (j’ai un peu honte de l’écrire : en faire le choix est bien un luxe de pays riche). J’ai opté pour la frustration. Puisque j’ai été capable de la supporter quand la cigarette me manquait, quand le doudou tabagique me manquait, je devrais être capable de faire la même chose pour la bouffe. Accepter de quitter la table en ayant un léger creux, on en meurt pas, et au bout d’un moment, on s’habitue.
Mais il y a aussi une bonne nouvelle
: c’est que l’arrêt de la cigarette m’a rendue plus compétente pour supporter la frustration en général. La frustration a tellement de visages : ne pas obtenir ce qu’on veut sur le plan professionnel, ne pas pouvoir s’acheter un truc trop cher, rater le film qu’on avait envie de voir, ne pas trouver d’oursins au marché parce qu’il y a trop de mistral, ne gagner que le 2e prix de beauté au Monopoly… Chaque jour offre mille et une raisons d’être frustré. Chaque jour offre mille et une occasions d’envoyer balader la frustration et sa tyrannie. Ou du moins, essayer. Si ça se trouve, je vais vous écrire demain que j’en avais trop marre de me frustrer, que je me suis envoyé une andouillette-frites-profiterolles, le tout arrosé de côte-du-rhône à 14,5 ° et que j’ai terminé avec trois cognacs et un demi-paquet de clopes
. Mouais... Dit comme ça, ça relève plutôt du fantasme. Et le fantasme est un droit imprescriptible, une sphère de toute-puissance dont personne ne peut me priver et qui ne fait de mal ni à vous, ni à moi. Et qui a plus à voir avec l’imagination qu’avec la frustration !
Posté le 24 février 2009, à 14:32
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DINO!!!!!
J’aborde les 6 mois, 183 jours, 2745 cigarettes pas fumées (tout ça ??), 274,5 euros économisés (seulement ??), 20 jours de vie gagnés (prochain périple andin)! Roulez tambours, sonnez trompettes, me voici officiellement dino. Cérémonie de remise de médaille : un pin’s en forme de diplodocus que le doyen des dinos me remet très officiellement, après un digne discours, en présence de tous les tribuliens. Après, je ferais à mon tour un discours où je dirais ceci. « Chers tribuliens, je suis heureuse et fière d’être aujourd’hui parmi vous en cette circonstance exceptionnelle, ou que j’espère telle car sinon, cela voudrait dire que je me suis encore vautrée lamentablement et qu’il ma fallu recommencer le parcours qui m’a menée ici. Six mois, c’est une immense victoire. C’est surtout une très grande joie car je peux dire, à ce stade, que ne pas fumer m’est presque devenu naturel. J’en mentionnerai les principaux bénéfices, rapidement, parce qu’on vous a déjà assez bassinés avec ça : souffle et odorat retrouvés, teint sublime et belles dents blanches (vous ne trouvez pas ?), ne plus sentir le vieux cendrier, ne plus payer un impôt volontaire pour financer les réformes de Sarko (ah pardon, je ne devrais pas, mais tous les arguments sont bons, n’est-ce pas ?), ne plus faire la queue le dimanche soir au seul tabac ouvert après une demi-heure de bagnole, ne plus dépiauter mes mégots de la veille pour me rouler la première du matin parce que je suis en panne, etc (voir sur ce sujet les « best of de la loose » sur le forum Action). Bref, vivre libre. Et les dégâts collatéraux de la défume, me direz-vous ? Le manque, la déprime, la fatigue, le sommeil perturbé, les coups de colère, la lassitude, l’incapacité à agir, les rêves de clope, la haine contre les fumeurs, la haine tout court, les kilos, le mal-être ? Eh bien oui. Je vous mentirais si je vous disais que je n’ai rien ressenti de tout ça. Surtout la fatigue, la déprime et l’incapacité à agir. Grave. Des journées entières. Sans envie. De rien. Mais voilà, à six mois, je sens que tout ça est derrière mois. Des hauts et des bas, il y en aura encore. Mais que j’accepte comme faisant partie de la vie. Cette victoire, cette joie, c’est avant tout à vous tous que je les dois. J’avais déjà arrêté pendant près de deux ans, mais sans cette aide, quotidienne, vivante, riche de l’expérience des uns et des autres. J’ai aimé vous lire, les blogs, les messages du forum, j’ai été tour à tour intriguée, intéressée, enthousiaste, émue, pliée de rire, parfois déçue par quelques petites vacheries –mais après tout, nous ne sommes tous ici que des humains-. J’ai aimé l’esprit de tolérance, le vrai soutien que j’y ai trouvés. J’ai aimé y écrire aussi. Et ce sont tous ces échanges qui m’ont aidée, pas seulement à trouver des petits trucs, pas seulement à me maintenir la tête hors de l’eau, mais surtout, bien plus profondément, à me construire une nouvelle vie, une nouvelle identité (n’ayons pas peur des mots). Six mois, c’est peut-être aussi une étape où, après avoir beaucoup reçu, il est temps de donner plus. Paradoxalement, je vais donc parler encore de moi, mais pour vous dire ce qui m’a le plus aidée à tenir. Du retour d’expérience, comme on dit chez les messieurs importants. D’abord, de me poser des jalons, des petits et des grands. Les petits, c’étaient les rendez-vous avec la tabaco (au début surtout, j’en vois moins l’utilité depuis deux mois). Mais aussi, une séance de jogging, une rando, une musique ou un bouquin bien jubilatoire (genre Fred Vargas, d’ailleurs il va falloir qu’elle speede un peu pour continuer à fournir, je crains qu’il n’existe pas de patchs pour ça). Et puis des grands jalons. D’abord, le semi-marathon Marseille Cassis. Il fallait que j’aie arrêté à peu près deux mois avant si je voulais en sortir vivante. Le Pérou et ses hautes altitudes, qui valait bien ses quatre mois d’arrêt. Là, ce sera bientôt le ski et cet été, 15 jours de marche dans les Vosges. Donc, se prévoir des trucs qui ne vont vraiment pas avec la clope et ne pas les lâcher du regard. Ensuite, les substituts. N’étant pas du genre mère courage, à serrer les dents et à souffrir en silence, mais dotée au contraire d’une tendance totalement infantile à TRES mal vivre la frustration et à faire chier tout le monde avec ça, j’ai décidé de prendre tout mon temps. 14 mg par 24 heures au début, 10,5 au bout de quatre mois, 7 mg en ce moment, bientôt 3,5 (ça va commencer à ressembler à un confetti). Plus des pastilles. Et un dispositif blindé. Pour ne jamais être à court : des patchs à la maison, dans le tiroir du bureau, dans mon sac à main, dans ma sacoche d’ordi, dans mon sac à dos de voyage, dans ma trousse à maquillage. Histoire de dire d’emblée à mon inconscient qu’il pouvait tenter ce qu’il voulait, il n’y aurait pas la moindre place pour un acte manqué. Ha ! Et puis le sport. Course à pied régulière, à raison de 3 ou 4 séances d’une heure par semaine. Pas cher (juste le prix d’une bonne paire de godasse). Permet de profiter du souffle retrouvé. Produit des tonnes d’endorphines bien euphorisantes à la minute. Après, au lieu d’être simplement amorphe, on est amorphe ET béat… Le tout, avec zéro kilo au bout des six mois. Enfin, le grand ménage de cervelle. Le voyage au Pérou. Mais ça, j’en ai déjà assez parlé comme ça, vous allez trouver que ça tourne à l’obsession. Quoique… Et pourquoi pas, après tout ? Se trouver une bonne petite idée fixe de derrière les fagots, celle qui fait qu’on est content de rentrer à la maison pour se retrouver derrière l’ordi à ânonner des phrases d’espagnol en essayant d’imiter le Monsieur ou la Dame (j’ai découvert qu’il y avait plein de sites d’apprentissage de langues vivantes et j’adore apprendre des langues vivantes, ça ne me sert à rien dans mon métier, mais je trouve ça génial, ça libère de tous ces affects à la con liés à la langue maternelle, ça rénove tout le registre émotionnel, ça ouvre d’immenses terrains de jeu). Bon, je vois que vous commencez à bailler un peu. A jeter des regards en coin du côté du buffet. C’est toujours comme ça avec les discours. Alors j’en termine. Avec un merci tout particulier, plus ou moins dans l'ordre chronologique, à Jo, pour sa clairvoyance et la justesse de ses analyses, à Feefo, pour sa générosité débordante, à Jahnis pour ses interventions justes et discrètes, à Arzi la Douce (c’est comme ça que je l’imagine), à Gothard pour son courage et sa ténacité, à Co, la maman angoissée, à Lain et Kti, qui m’ont accompagnée en pensée sur les pentes vertigineuses du canyon de Colca, à Frankoise pour l’ambiance d’enfer qu’elle nous met sur le site depuis presque trois semaines et à qui je souhaite de bien apprivoiser Détermination (Tentation finira bien par lâcher, tu verras), à Akita, ses chiens, son jacuzzi et son humour, à Zabelou qui va certainement apprendre à gérer le stress, à Raquel et son futur bébé, et à tous les autres que j’ai croisés, et qui j'espère me pardonneront de ne pas pouvoir tous les nommer ici. A nous tous, je souhaite de continuer avec courage, ténacité, bonne humeur, solidarité, ce passionnant voyage au pays de la défume. YES WE CAN ! »Légende de l'image . Ce n'est pas un diplodocus, d'ailleurs j'y connais rien en dinos mais c'est normal, je débute!
Posté le 19 février 2009, à 09:08
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Pause blog
Après les montagnes du Pérou, c’est un peu le désert du Blog. Du boulot, des activités diverses genre cours d’espagnol en ligne (aurais-je réussi à remplacer une obsession, celle de la clope, par une autre, l’Amérique latine ?), et peut-être aussi moins envie d’écrire. Ou plutôt moins besoin. La pression se relâche sur le front de la défume. J’y pense moins. Enfin si, j’y pense tous les jours et même plusieurs fois par jours, mais ça fait même plus mal. En fait, je constate un changement en profondeur dans mon fonctionnement. Par exemple, sur la façon de se lever le matin. Quand on clope, on réfléchit pas, on se dépêche de se lever, poussé par le manque. Quand on arrête, dur dur de trouver une bonne raison de s’extraire du plumard. Dur dur de trouver une raison de commencer sa journée. Même chose quand on bosse, quand on prend l’apéro, quand on arrive après un trajet en train, quand on vient de s’engueuler avec son chéri ou avec son collègue, etc. La clope, elle permettait de speeder, d’être débordé en toute bonne conscience. Tout ça s’auto-entretenait. Je fume parce que j’arrête pas de courir du matin au soir, il faut bien des pauses pour décompresser. Mais peut-être aussi que ça m’arrange bien de me mettre la pression pour pouvoir continuer. Que ma vie soit remplie à ras-bord et que les tout petits interstices laissés par mes activités soient vite comblés par la clope. Ou au contraire, qu’elle me tienne compagnie quand je m’ennuie et que je tourne en rond. Qu’elle me serve de prétexte quand je veux esquiver une situation. Le vide donne le vertige. Et même une simple faille qui laisse entrevoir le vide donne le vertige. Et sans clope, le vide est là, et les interrogations qui vont avec. Qu’est ce qui me fait bouger ? Pourquoi je dois bosser autant ? Suis-je vraiment satisfaite de ma vie ? Alors pouf, d’un coup, tout ça saute à la figure. Donc, pendant plusieurs semaines, pas envie. Pas envie de faire d’efforts (c’est déjà bien assez de devoir lutter contre la clope). Pas envie de me lever le matin. Pas envie de bosser. Juste de faire des trucs agréables ou qui défoulent. Traîner au soleil, faire du sport, manger des bonnes choses, boire des coups. Et puis, petit à petit, voilà qu’on se lève un matin, juste content de se lever. D’être en vie. Qu’on part au boulot, pas trop la mort dans l’âme mais en se disant tiens, ce serait intéressant de regarder ce truc de plus près, ou tiens, j’ai une idée, il faudrait que j’en parle à Machin. L’idée de la clope est toujours là, mais en arrière-plan, de plus en plus pâlichonne. Par contre, les autres trucs (plaisir de prendre son petit dej, de discuter avec Machin, etc.), viennent de plus en plus au premier plan, et sont de plus en plus nets. Ce n’est pourtant pas gagné. Certains jours, la lassitude revient. On a envie de mettre une beigne à Machin pour on ne sait quelle raison. On se dit y en a marre. On caresse vaguement l’idée d’une clope, juste pour voir ce que ça fait d’y penser, de l’imaginer. On se dit que ça ne finira jamais. Ensuite ça passe. Progressivement, on accepte que, clope ou pas, il puisse y avoir des moments de doute, de déprime, de mauvaise humeur, de vulnérabilité et qu’il suffit d’attendre. Faire un peu le gros dos, se dire c’est pas mon jour et on verra bien demain. Progressivement, on apprivoise le vide, on accepte de ne pas être indispensable et du coup, on réaliser que la clope ne l’est pas non plus. On apprend simplement à vivre.
Posté le 12 février 2009, à 18:08
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Carnet de voyage d’une ex-fumeuse : tout a une fin
Voilà. Aujourd’hui, ça fait 5 mois que j’ai arrêté de fumer. Temps pour moi de boucler mon carnet de voyage avec, en point d’orgue, la visite du plus fameux site Inca, le Machu Pichu. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur le Pérou, les paysages, les gens, les villes, cet incroyable mélange de civilisations. Qu’on retrouve d’ailleurs à Cusco, capitale de l’Inca, où les murs des maisons, faits de ces gros blocs de pierre savamment agencés, sont surélevés par des constructions de type colonial, et où un temple du soleil a été intégré à l’architecture d’un monastère. Le Machu Pichu est à une centaine de kilomètres de là, probablement une sorte de résidence secondaire, qu’on atteint en empruntant en train la vallée sacrée de l’Inca, avec son torrent d’une incroyable violence, qui charrie des monceaux de boue, de débris d’arbres et, hélas aussi, de bouteilles plastique et autres détritus bien contemporains. A partir d’Aguas Calientes, sorte de ville western située de part et d’autres de la voie ferrée, on monte en bus vers le site. Levés à quatre heures du matin pour être les premiers et ne pas se noyer dans la masse des autres touristes. Des nuages qui, petit à petit, se déchirent pour nous dévoiler cette incroyable cité, encore déserte à l’heure où nous nous y pointons. Atmosphère mystérieuse, qui convient bien à ces vestiges, découverts tardivement, et sur lesquels on ne peut qu’émettre des hypothèses. On en sait finalement assez peu sur cette civilisation relativement récente (à peu près l’époque de nos châteaux forts), qui s’est bâtie en un siècle pour constituer un immense empire (Pérou, Bolivie, une partie de la Colombie) par assimilation (ou mise au pas ?) de très nombreuses communautés andines, avant de céder puis de disparaître à l’arrivée des conquistadors. Pas d’écriture qui permettrait de reconstituer le passé avec précision. Seulement un site naturel d’une grande beauté, des édifices –temples, anciennes maisons, terrasses pour les cultures, canaux d’irrigation, observatoires- qui nous parlent des compétences des Incas en agriculture, en astronomie et en administration du territoire. Des pratiques peu engageantes aussi, des sacrifices d’enfants qui nous ont légué la Juanita, une momie de jeune fille conservée naturellement dans un glacier depuis 400 ans, que des archéologues ont découverte en 1995 à la faveur d’une éruption volcanique, aujourd’hui exposée à Arequipa dans une vitrine-congélateur avec sa peau, ses cheveux et, paraît-il, tous ses organes… On sait que quelques heures avant son sacrifice, elle avait consommé de la feuille de coca et de la chincha, alcool de maïs qu’on donnait aux jeunes sacrifiés pour les endormir avant de leur porter le coup de grâce. Le temple du soleil et celui de la lune : des blocs monolithiques qu’on nous invite à toucher, parce qu’il paraît que ça recharge en énergies positives. Bien qu’athée et matérialiste convaincue, l’ambiance m’incite à la méditation et, pourquoi pas, à ce petit moment de spiritualité, toucher la pierre réchauffée par le soleil, respirer en contemplant le paysage, adresser une pensée aux forces naturelles et humaines. Les touristes commençant à arriver par bus entiers, nous entamons l’ascension du Wayna Pichu, cette drôle de montagne pointue au bout du site, deux heures de montée assez vertigineuse pour arriver vers d’autres terrasses, d’autres ruines. Et là, vue d’en haut sur tout le site, puis, plus bas, sur les différentes vallées, on aimerait être des condors et pouvoir s’élancer dans les airs. Redescente en empruntant ces escaliers construits du temps des Incas, marches hautes, très étroites et peu profondes (on y met qu’un demi-pied, heureusement qu’il ne pleut pas) qu’on préfère prendre de face à la descente. C’est la fin du voyage. J’en reviens avec mon stock de globules rouges et des images plein la tête, que je prolonge en écrivant. J’en reviens avec une énergie décuplée, que je ressens encore trois semaines plus tard. J’en reviens, ayant franchi le stade des quatre mois sans tabac, aujourd’hui des cinq mois, et une façon un peu différente de considérer ma vie. Une sérénité retrouvée, l’envie d’une certaine forme de frugalité, de simplicité, de hiérarchie dans les valeurs. L’envie de moins consommer et de me faire plus de bien. Les petits soucis de santé sont à présent derrière moi et je ne ressens plus les dégâts collatéraux de l’arrêt du tabac qui me taraudaient avant le voyage : fatigue, morosité, difficulté à agir, problèmes de concentration et de sommeil. J’inaugure mon sixième mois sous les meilleurs auspices. Légende de la photo : vous y avez déjà eu droit, mais on ne s'en lasse pas... Le Machu Pichu avec, au fond, le Wayna Pichu.
Posté le 19 janvier 2009, à 10:19
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Carnet de voyage d’une ex-fumeuse : Confrontations avec la clope
C’était une de mes inquiétudes avant de partir. Mal supporter la clope des autres, surtout que la seule fois où j’avais laissé des amis fumer chez moi, je ne l’avais pas très bien vécu. Et là, nous avions trois jeunes fumeurs en permanence, avec en plus parfois des soirées avec des copains fumeurs et là, ça y allait… Au Pérou, c’est la même législation qu’en France. Le tabac est interdit dans les lieux publics, cafés, bars, restaus. Mais la pratique est toute autre. Si on demande gentiment l’autorisation de fumer, elle est généralement accordée. Il n’y a eu qu’une seule exception pendant toute la durée du voyage. Bizarrement, la cohabitation avec les fumeurs ne ma posé aucun problème. Je n’étais pas du tout gênée par la fumée, ni rejet, ni tentation, comme si elle ne me concernait pas. Même mes vêtements semblaient ne pas en porter la trace. Peut-être que les polaires ne retiennent pas l’odeur ? Peut-être un effet de l’altitude, qui faisait que je n’avais vraiment pas envie de fumer ? Peut-être un nouveau pas franchi dans ma défume, qui fait que la fumée des autres me laisse relativement indifférente ? Peut-être enfin, le fait que ça ne se passait pas chez moi, donc je ne me sentais pas agressée sur mon propre territoire. Finalement, paradoxalement, c’est dans le seul restau où l’interdiction était effective que j’ai mal vécu les choses : mes trois jeunes passaient leur temps à sortir cloper, entre les plats, en emmenant avec eux leur verre, et j’ai vraiment eu l’impression d’être la conne qui payait un dîner dont ils ont passé plus de la moitié dehors ! Je me suis mise en pétard. Si j’ai arrêté, je ne vais tout de même pas, pour leur tenir compagnie, aller me les cailler dans le froid. Du coup, la conversation était sans cesse interrompue. Et j’en suis arrivée à penser que cette interdiction de fumer dans les lieux publics, c’était pas si bien que ça. Ca casse l’ambiance et quand les fumeurs sont nombreux, ce sont les non-fumeurs qui se retrouvent un peu exclus. De retour en France, j’ai dîné chez une copine fumeuse qui généralement s’abstient devant moi depuis que j’ai arrêté. Il y avait une autre amie, également fumeuse. Et là, rebelote, sous prétexte de ne pas m’enfumer, elles allaient toutes les deux cloper dans la cuisine… J’ai fini par leur dire que la fumée ne me gênait pas, préférant leur présence, même avec tabac. Et là non plus, je n’ai pas eu de problème. Serait-ce qu’à bientôt 5 mois, la dépendance commence à me quitter ?Légende de la photo : aucun rapport avec le sujet, juste pour vous montrer un beau paysage.
Posté le 16 janvier 2009, à 08:24
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Carnet de voyage d’une ex-fumeuse : Musique, Noël et autres fiestas
Au Pérou, on s’attend évidemment à écouter de la flûte andine, interprétée par des musiciens de type quechua, vêtus de ponchos bariolés. Alors là, autant rester au métro Chatelet. Rien de péjoratif, d’ailleurs j’aime bien, mon enfance a été bercée par El condor pasa. Mais en dehors des gargotes à touristes, la vraie musique populaire, c’est LA CUMBIA, diffusée à fond dans les bus, taxis collectifs et autres moyens de transport locaux. Une sorte de salsa souvent très pêchue, revue et corrigée de 50 manières différentes, version guimauve, afro, andine, et surtout, incontournable à la période où j’y étais, version chants de Noël! Alors là, c’était la folie. Partout, sur les places, dans les rues, des hauts parleurs nous abreuvaient de « Mon beau sapin » ou « Vive le vent », en espagnol et sur un rythme parfois échevelé, parfois mièvre mais généralement du plus grand effet comique. Surtout quand s’y ajoutaient des musiques de téléphone portable de circonstance et des décos de Noël musicales ! Grand moment, Noël. En plus de la musique partout, je n’avais jamais vu autant de crèches, certaines grandeur nature, d’autres minuscules, totalement kitch ou très mignonnes, mais présentes, sur chaque place, square, rond-point, dans chaque troquet, resto, hôtel. L’une d’entre elles, en particulier, avait pour petit jésus un ravissant baigneur fessu et à peau mate, à plat-ventre sur son lit de paille, du meilleur effet. Je regrette de ne pas l’avoir pris en photo. C’est qu’au Pérou, les vraies stars sont dans l’ordre la Vierge, Jésus et les joueurs de foot. J’aurais d’ailleurs dû aussi enregistrer la retransmission d’un match de foot à la radio péruvienne, même quand on y comprend rien, on est bidonné ! A recommander en cas de coup de blues. De même, on voit dans les villes d’étranges processions, mi-religieuses, mi-folkloriques et on a croisé, au cours de notre trek, une improbable bonne sœur à dos de mule, portant la bonne parole aux bledicules les plus reculés. Mais je m’égare. Noël, donc. Et les sapins. Trop rigolos les sapins. Ca ne pousse pas comme ça sur l’alti-plano où, avec le climat équatorial, c’est plutôt ambiance eucalyptus, manguiers et cactus. Donc, place à l’inventivité. A côté du classique sapin en plastoque, on voyait des sortes de cônes verts gigantesques élaborés à partir de divers matériaux (paille, tissu). Le plus dingo était entièrement édifié à partir de bouteilles en plastique vert ingénieusement agencées, des plus grandes en bas aux plus petites en haut. Un régal ! Et le feu d’artifice, le soir de Noël ! Là aussi, une profusion désordonnée jubilatoire. Ca pétait de partout ! Chez nous, il y a en général LE feu d’artifice, organisé par la municipalité. Là-bas, c’étaient des fusées par centaines, lancées de partout, tombant n’importe où, tirées par les gens du toit de leur maison, de leur jardin, de terrains vagues. Il paraît qu’ils sont prêts à claquer un fric fou pour ça et comme il faut faire mieux que le voisin, vous imaginez le résultat… Bon, quel rapport avec la clope ? Aucun, si ce n’est que j’ai bien profité de cette ambiance festive, à la fois baroque et bon-enfant, sans même avoir envie eu de fumer. Mais peut-être ai-je été protégée à mon insu par tous ces grigris religieux ? Légende de la photo : Procession dans les rues de Lima le jour de notre arrivée, histoire de nous mettre dans le bain.
Posté le 14 janvier 2009, à 07:48
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Carnet de voyage d’une ex-fumeuse : une petite nature ?
Maintenant que j’ai bien frimé avec mes exploits sportifs, je dois aussi relativiser et vous faire part de quelques désagréments. Je suis capable de donner beaucoup, mais je réalise, depuis que j’ai arrêté de fumer, à quel point je suis fragile. Au Pérou, j’ai enchaîné brillamment à peu près tous les petits ennuis de santé, pas bien graves heureusement. Après le malaise de Lima, j’ai immédiatement embrayé sur un gros rhume, qui ne s’est atténué que lorsque je me suis retrouvée totalement handicapée par mes courbatures. J’ai poursuivi avec les classiques petits désordres digestifs du voyageur avant de subir un assaut d’aoutats, jambes couvertes de piqûres qui me démangent encore près de 15 jours après, en souvenir d’une halte dans l’herbe sur une terrasse du Machu-Pichu. Et ainsi de suite… Alors que je pétais le feu quand je fumais, y compris en voyage dans des pays à l’état sanitaire déplorable, du genre jamais malade et pleine de commisération pour les petites natures un peu fragiles, j’ai eu l’impression de me transformer en petite vieille hypocondriaque, avec toujours sa trousse à médoc sous le coude. Un peu vexant, tout de même, d’avoir tous ces trucs, quand on a pris ce qu’on croit être la meilleure décision pour sa santé. Fragilité émotionnelle, aussi. Si ce voyage a eu l’effet d’un électrochoc et m’a permis de sortir de mon état un peu cotonneux et morose, c’est au prix de drôles de variations d’humeur. Des crises de fou rire incoercible autour d’un verre, le soir, mais parfois aussi, de surprenante crises de larmes. Dans un cas comme dans l’autre, c’était comme si une sorte de bloc pesant dans la poitrine depuis quelques semaines volait en éclats, se délitait sous le coup des émotions. Parfois, c’était l’image crue de la pauvreté. Voyager, c’est aussi voir le monde dans ce qu’il a de plus cruel, de plus perturbant. Au retour du Machu Pichu, nous étions dans une espèce de train pour touristes (très cher et impossible d’avoir les billets réservés aux locaux), avec service de boissons, une espèce de défilé de mode décalé pour nous présenter des pulls en alpaga. Pendant ce temps-là, des gamins en guenilles au bord de la voie ferrée nous faisaient signe de leur jeter par la fenêtre de quoi manger ou demandaient des stylos. Le contraste, entre la bulle protégée de ce train à touristes et la réalité quotidienne de ces gamins perdus me serre encore la gorge quand j’y pense. J’ai eu aussi des moments de trouille subite. Alors que je voyage souvent en avion, j’ai vraiment eu les chocottes deux fois au décollage, notamment à Cusco, où la piste est entourée de montagnes et où il ne faut pas se rater… Normalement, je suis plus zen que ça… Des crises de susceptibilité aussi, un rien m’atteignait, un regard que j’imaginais de travers, une réflexion que je prenais en mauvaise part. C’est un peu ce que je redoutais avant de partir : être confrontée à une situation inhabituelle, riche mais aussi parfois stressante, sans mon doudou habituel et du coup, l’impression d’être démunie, de ne pas savoir quoi faire de mes émotions. Mais, ayant su y faire face sans fumer cette fois-ci, je pense avoir fait un énorme progrès et avoir amélioré mes « compétences » d’ex-fumeuse. Une nouvelle phase de mon apprentissage en quelque sorte. Et puis, peut-être, plus profondément, si je dois rester vigilante à ce qui pourrait être les premiers signaux d’un état dépressif, je me dis aussi que, sans la cigarette, j’apprends à écouter mon corps, j’apprends à écouter mes sentiments au lieu de refouler tout ça en m’en grillant une…Légende de la photo : A lima, comme dans les autres villes, les "bas quartiers" sont situés en haut. Des bicoques multicolores pour tromper la misère.
Posté le 12 janvier 2009, à 10:38
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Carnet de voyage d'une ex-fumeuse : le Pérou, c’est beau, mais c’est rude !
Moi qui me glorifiais de mon semi-marathon Marseille-Cassis et de ses 350 m de dénivelée, j’ai pu vérifier que c’était du petit jus à côté d’une simple rando andine. J’ai d’ailleurs vu des pubs sur le marathon du Machu-Pichu, ça fait rêver, mais à moins d’être natif du coin, autrement dit doté d’une cage thoracique spéciale et d’un taux de globules rouges hors normes, mieux vaut oublier l’idée. Se contenter d’une balade pépère. Enfin, pépère, selon les normes locales en vigueur car on nous avait prévenus : même des afficionados du club alpin ont trouvée difficile le trek du canyon de Colca, un jour et demi de marche avec sacs à dos et, en basse saison, pas de mules pour porter le barda. Six heures de marche le premier jour, en commençant par une descente de plus de 1000 m dans le canyon. Sentier muletier, donc parfait pour les âmes sensibles au vertige dont je fais partie, des paysages de toute beauté. Sur notre versant : une sorte de désert minéral et caillouteux, avec des orgues basaltiques de toute beauté, des falaises ocres, quelques vols de condors. Sur le versant d’en face, rejoint après avoir traversé le torrent (on se serait crus dans Tintin), un petit paradis terrestre de cultures en terrasses, quelques villages comme on n’en connaît plus, vivant en autarcie car inaccessibles autrement qu’à pied ou à dos de mule. Très peu de touristes, la balade, quelque peu sélective, nous affranchissait des groupes organisés. Et, pour finir, remontée jusqu’à une oasis avec une piscine directement alimentée par une cascade pour détendre les muscles endoloris avant la nuit. Le lendemain, il fallait remonter le canyon pour attraper un bus à 8 heures du matin. Réveil à 4 heures, pour entamer, sans pti déj et à la lampe frontale, une ascension de plus de 1000 m. Dur dur. Mais en fait, pas tant que ça une fois qu’on y est. Il faut trouver son rythme. On monte doucement, à pas réguliers, mesurés, en respirant profondément, régulièrement. Pour changer, on mâche des feuilles de coca. Non seulement elles préviennent du mal des montagnes, mais elles compensent le manque de sommeil et de nourriture. Aucun de mes jeunes fumeurs ne s’est aventuré à s’en allumer une avant d’avoir terminé. Pour ma part, et pour la première fois depuis que j’ai arrêté, j’avais oublié de coller mon patch mais l’absence de nicotine était bien le cadet de mes soucis… Et puis, la récompense : le soleil se lève sur un paysage à couper le souffle (c’est le cas de le dire) et, une demi-heure avant la fin de la montée, des vieilles dames vendaient des bananes : quel breakfast mes amis ! Nous finissons dans le bus (encore 7 heures de route pour rejoindre la ville d’Arequipa) comme des loques, mais, dixit mon fils, comme des loques heureuses. Et fiers comme tout de nos exploits. Bof me direz-vous, 6 heures le 1er jour, 3 h 30 le second, rien de bien glorieux. Et bien si. Ca n’a rien à voir avec nos montagnes. Les temps de marche sans pause sont bien plus longs, les dénivelées bien plus importantes et le manque d’oxygène rend nos muscles bien plus sensibles. Le soir même et le lendemain : LA VACHE ! Il me faut pratiquement des béquilles pour descendre ou monter un trottoir tant mes jambes sont endolories. J’en profite pour découvrir de nouveaux muscles dont j’ignorais jusqu’à l’existence, des trucs bien profonds dans la cuisse ou le mollet. Trois jours pour en venir complètement à bout ! Mais quel bonheur de l’avoir fait ! Et puis, je repense aujourd’hui à cette montée pas à pas dans la nuit et elle me renvoie au cheminement d’arrêt de la clope. On se lance au début, avec toute l’énergie du défi, dans une sorte d’euphorie, mais au bout d’un moment, on souffre, on souffle, on a l’impression qu’on n’avance pas. Il faut alors ralentir. Ne pas vouloir aller trop vite en besogne. Il suffit de se retourner et le point de départ paraît de plus en plus petit, de plus en plus loin. On regarde vers le haut et on se dit « encore tout ce chemin à parcourir ! ». Il faut alors savoir arrêter d’y penser et se concentrer sur chaque pas qu’on fait, tranquillement, et si on peut, profiter du paysage. Et quand on arrive en haut, on est tout étonné d’avoir, pas après pas, réussi à atteindre son objectif. Une leçon de patience. Légende de la photo:le canyon de Colca, quand on évite de regarder en bas pour cause de vertige.
Posté le 7 janvier 2009, à 14:30
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Carnet de voyage d'une ex-fumeuse : de l'oxygène!
Alors que je me représentais ce voyage comme une grande cure d’oxygène, qui me permettrait de profiter pleinement de mes quatre mois de défume, j’ai dû vite déchanter. Il y a d’abord eu Lima qui doit être, avec Mexico et Le Caire, l’une des capitales mondiales de la pollution. L’essence y est d’une qualité particulièrement mauvaise et les engins brinqueballant qui sillonnent la ville en tous sens, à toute vitesse et à grand bruit, sont de grands pourvoyeurs de CO2. Au point que je me demande si les fumeurs ne résistent pas mieux aux assauts de ces émanations suffocantes. Pour ma part, j’ai été un peu prise de court. Accumulation de fatigue suivie d’un trajet dans un taxi plus ou moins officiel, dont le pot d’échappement semblait diffuser directement les fumées de mauvais diésel à l’arrière de l’habitacle, et me voilà prise d’un malaise aussi subit que violent qui m’amène directement aux urgences, avec la très nette impression que mon parcours va s’arrêter là, ce qui est un peu vexant au deuxième jour des vacances. Scanner, électrocardiogramme, analyses de sang (qui au passage me permettent de constater qu’à Lima, à condition de payer, on est aussi bien pris en charge qu’en France) : rien. Nada. Pleine santé. Ouf, je respire… Bien. Quittons la capitale, bruyante et polluée, pour nous réfugier dans l’air pur des montagnes. Aréquipa, 2500 m, tout va bien à bord. Toute la suite du périple va ensuite se situer au minimum à cette altitude, le plus souvent à 3500 m, 3800 m et, au plus haut, à 5300 m, au passage d’un col. Echaudée par l’expérience de Lima, toutes les précautions sont prises. Et notamment, la plus classique : la feuille de coca, machouillée inlassablement jusqu’à former une boule qu’on garde coincée dans la joue, et qu’on alimente tous les quarts d’heure avec de nouvelles feuilles. Un peu de diamox aussi, on ne sait jamais. C’est que là aussi, l’oxygène manque, et à ces altitudes-là, ça peut être sérieux. Aller du simple mal de tête, nausées et essoufflement jusqu’à l’œdème pulmonaire. On s’observe, les uns, les autres, avec nos joues gonflées de coca : 3500 – ça va ? Oui, ça va. 4000 : ça va toujours. 4600 : pas de problème, ça plane un peu mais c’est tout. 5300 : on l’a fait (en bus). Ce manque d’oxygène là est nettement mieux passé. Juste un peu difficile de monter en courant les escaliers, on le fait doucement et en soufflant à fond, et des courbatures plus sérieuses que d’habitudes après un exercice intense. Et puis, l’alcool fait beaucoup d’effet. Un verre ou deux, et on est tous gais comme des pinsons. Economique et bon pour la santé, sans compter que les fumeurs eux-mêmes sont bien obligés de se calmer. Je n’ai donc pas fait une cure d’oxygène, pour fêter mon quatrième mois de défume. Mais une cure d’utilisation rationnelle de la ressource. Une cure de respiration contrôlée. Qui aurait été bien plus pénible si je n’avais pas arrêté. De retour au niveau de la mer, me voici boostée à fond par les globules rouges avec juste un petit reste de teint de l’alti-plano, qui donne bonne mine sans faire dans le rougeaud. Et une capacité pulmonaire, je vous raconte pas, les amis... Ou plutôt si, la prochaine fois, quand je relaterai nos exploits sportifs. Légende de la photo: passage du col à 5360 m précisément. Comme ça ne se voit pas de manière évidente, je précise qu'il ne neige en cette saison qu'à partir de 5000...
Posté le 6 janvier 2009, à 16:26
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FELIZ ANO, COMPANEROS!
Je vous ai quittés à deux jours de mon départ au Pérou, je vous retrouve quatre jours après mon retour, des images plein la tête et, après les hautes altitudes andines, une sensation étrange à retrouver le plancher des vaches (soit dit en passant, il y a aussi des troupeaux de bovins, au Pérou, à plus de 3500 m). MAIS, MAIS, SANS AVOIR TOUCHE UNE SEULE TAFFE! Alors, avant de partager avec vous mon périple d'une ex-fumeuse, car il me faut rassembler mes idées et mes photos, je voulais à tous vous souhaiter une excellente année 2009, sous le signe de l'air pur, de la liberté retrouvée, de la vie, à respirer chaque jour à pleins poumons. A ceux qui traversent des périodes difficiles, de garder confiance, à ceux qui rament, de reprendre le combat. A très bientôt!
Posté le 5 janvier 2009, à 09:35
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Carnet de voyage d'une ex-fumeuse : J-2
J'y suis presque. Les sacs à dos sont prêts, dernières vérifications en cours, dernière réunion ce matin. Mais je sais, au moment de partir, qu'il y a seulement trois trucs que je re-re-revérifierai dans mon sac: le passeport, la carte de crédit, les patchs. Le reste, eh bien une fois qu'on est dans l'avion, tant pis! Dans ma tête, je suis déjà partie mais pas encore arrivée. J'ai fait un joli tableau word, avec toutes les situations à risque et tous les trucs pour les déjouer. Je me sens confiante mais aussi vigilante. Demain, il faudra se lever à 3 h du matin pour aller à l'aéroport. Je ne pense plus venir sur le site avant mon retour. Je souhaite à tous plein de courage, de motivation, de niaque et de passer allègrement et sans clope de 2008 à 2009. Hop là!
Posté le 12 décembre 2008, à 08:13
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Carnet de voyage d'une ex-fumeuse : J-4
A regarder la carte, j'ai du mal à imaginer que dans quelques jours, je serai là-bas. Les photos me font rêver, mais tant qu'on y est pas, le voyage demeure une abstraction. Pour l'heure, la pluie, les dossiers à terminer sur mon bureau, les listes qui s'accumulent un peu partout (liste de matos de rando, liste de médocs pour toutes les situations, liste de numéros de téléphone, liste des dernières choses à faire), les pensées, les émotions se téléscopent en tous sens. Les émotions? De l'excitation, de l'anxiété, du stress, de la joie, du bonheur, de l'énervement, de l'attente. C'est l'aventure! Et toutes ces émotions, comment j'étais habituée à les gérer, à votre avis? C'était tellement perturbant, hier soir, que j'ai couru à la pharmacie acheter des pastilles Niquitine à la menthe. Ca a été tout de suite mieux. J'en déduis d'ailleurs que je n'aurais peut-être pas dû les arrêter il y a trois semaines. C'est comme par hasard à cette époque que j'ai commencé à être de mauvais poil. Apprendre à gérer des situations particulières sans clope, ça ne se fait décidément pas du jour au lendemain. J'ai remarqué que ça venait assez vite pour un week-end cool, sportif et détendu. Un peu moins vite quand il s'agit de se concentrer et de faire face au stress du quotidien. Mais c'est une autre histoire quand il y a du bouleversement dans l'air, qu'il soit positif ou négatif. C'est l'intensité qui créée l'envie de fumer, du moins quand on a été habitué comme ça pendant près de 30 ans. Au bout d'à peine plus de trois mois, je ne suis pas certaine de pouvoir gérer sans me planter une situation comme celle-là. L'une de mes nième rechutes s'est produite l'an dernier, au cours d'une mission en Afrique, où j'étais soumise à la double sollicitation du boulot et de la nouveauté. A l'heure où j'écris, j'ai ma petite pastille en bouche, ça m'aide vraiment (c'est peut-être un effet placebo mais peu importe, puisque ça marche), et je vais rajouter à ma pile de listes celle, la plus importante, de mes motivations pour réussir un voyage d'ex-fumeuse.
Posté le 9 décembre 2008, à 13:36
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DANGER
Je ne savais pas comment intituler mon article aujourd'hui. Car la situation est à double détente. D'ici quelques jours, j'arriverai à la deuxième grande échéance qui m'a motivée pour arrêter de fumer: un voyage au Pérou de trois semaines, pour rejoindre ma fille qui étudie là-bas pendant un an. Et le Pérou, à part Lima qui est au niveau de la mer, c'est couramment plus de 3000 m d'altitude, que ce soit en ville ou en rando. Noël à Cuzco, c'est un rêve à 3800 m. Donc, en profiter pleinement, ça veut dire NO CLOPE. Mais en même temps, il y a GRAND DANGER. Ma fille fume (elle m'a même demandé de lui apporter son tabac préféré qu'elle ne trouve pas là-bas), mon fils fume et une cousine qui nous retrouve là-bas pour Noël fume aussi. Chaque fois que j'ai replongé, l'année dernière, c'était avec ma fille. Comme si le fait de rouler nos cigarettes ensemble créait une connivence, et elle faisait d'ailleurs preuve d'une certaine complaisance face à mes "craquages". En plus, au Pérou, même si la clope est officiellement interdite dans les lieux publics, les bars, restos et autres font preuve d'une certaine tolérance. Quand je vois la difficulté que j'ai eue à cotoyer deux fumeurs (qui ont peu fumé) il y a quelques jours, j'ai un peu la trouille. Je ne voudrais pas gâcher mon voyage pour autant, alors que j'en rêve depuis des années. Voilà comment je vais m'y prendre. J'ai redit à mon fils qu'il ne devait céder en aucun cas à une demande de clope de ma part. Je sais qu'il est ferme là-dessus, il m'a envoyée bouler quand je lui en ai demandé une le soir de mon anniversaire. J'ai dit la même chose à ma fille au téléphone. "Même si tu m'engueules"? "Oui, même si je te traite de tous les noms". Et j'ai donné carte blanche à mon chéri pour me menotter si nécessaire. Je m'apprête à envoyer un mail du même tonneau à ma nièce. L'intérêt du truc? C'est qu'ayant blindé de cette manière, il serait tellement humiliant pour moi de craquer, de les supplier de me donner une clope que je pense que la question ne se posera même pas. Et puis, pour ne pas risquer d'être à cran ou de mal vivre cette situation, j'emporterai des pastilles même si je n'en prends plus depuis trois semaines. Au cas où. Dernier truc. Entre vendredi prochain et le 1er janvier, je n'aurai plus trop la possibilité de venir sur le site. Je penserai fort à vous tous. Et je m'accrocherai à l'idée que je veux vous souhaiter une bonne année 2009 sans avoir refumé en 2008. D'ailleurs, la nuit du 31 décembre, je serai à bord de l'avion retour, il ne sera pas question de clope.
Posté le 8 décembre 2008, à 09:17
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Aux nuls...
Quelle ambiance ces jours-ci! Dites, les nuls, vous voulez pas en plus qu'on vous donne des fouets pourqu'à chaque clope allumée, vous puissiez vous autoflageller tout en vous répétant "je suis nul, je suis nul, je suis nul"
!
Je comprends votre souffrance pour avoir moi-même rechuté plus souvent qu'à mon tour. Mais arrêtez donc de culpabiliser. Ce n'est pas parce qu'on y "arrive" qu'on est plus fort, plus intelligent, plus tout. Relisez encore et encore l'article du bon docteur Molinard. Ce n'est pas une question de volonté. Ce n'est pas une question d'être faible ou nul. D'ailleurs, si on vous suit bien, on est tous des nuls en puissance... On l'est tous pour avoir commencé un jour à fumer. On l'est presque tous pour s'être plantés un certain nombre de fois. Et on risque à tout moment de l'être à nouveau. Non, arrêter de fumer c'est d'abord choisir le bon moment pour le faire, être prêt, profondément, tout au fond de soi, avoir une stratégie super au point. Et ça, c'est à force d'essayer qu'on y arrive. Ce qui signifie, comme un gamin qui apprend à marcher, qu'on se vautre un certain nombre de fois avant de tenir correctement sur ses pattes.
Alors de grâce, si vous avez recommencé (je n'aime d'ailleurs pas le mot rechute, je le trouve péjoratif), essayez au moins de profiter de vos clopes tout en préparant bien le coup suivant, grâce à l'expérience que vous avez acquise.
Gros bisous à nos nuls!
Posté le 7 décembre 2008, à 16:28
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Les humeurs 2 (le retour)
Rien de nouveau sous les tropiques: il y a des jours avec, il y a des jours sans, et quand on défume, ça prend certaines proportions... Je note que les jours "sans", je suis dans l'incapacité de me dire qu'en fait, ça n'allait pas si mal que ça hier et que ça ira probablement mieux demain, ou même dans une heure ou dans trois jours. Je suis dans l'incapacité de relativiser. Et j'ai l'impression que je ne sortirai jamais de l'ornière. Un peu comme avec la météo. Après plusieurs jours de ciel gris, c'est difficile d'imaginer autre chose, on se sent tout rabougri et le premier jour de soleil est comme une bénédiction des dieux (à Paris, par exemple). A Marseille, c'est le contraire, à force de soleil et de ciel bleu, on fait vraiment la gueule quand c'est légèrement voilé et tout le monde ne parle que du climat pourri certainement dû au réchauffement de la planète et on se prépare aux pires calamités. Aujourd'hui, je suis de bonne humeur. J'ai mis hier mon programme à exécution ou presque. En fait de dîner léger-eau minérale, une petite raclette avec deux petits verres de vin blanc. Mais raisonnable. Sans baffrer. Et puis, j'ai bien dormi et fait des rêves distrayants et je me suis réveillée comme une fleur. Du coup, je ne comprends pas comment j'ai pu être aussi mal hier comme je suis incapable de simplement imaginer que ça puisse aller mal de nouveau. N'être que la proie de ses humeurs, c'est un peu vexant tout de même. Je pense tout de même qu'on peut un peu aplanir les creux et les bosses. Et comme toujours, c'est 1) avoir conscience des mécanismes et 2) avoir une stratégie toute prête. Et 3) ne pas hésiter à enfoncer encore et encore des portes 1000 fois ouvertes: PLUS JAMAIS UNE!!!!
Posté le 4 décembre 2008, à 10:59
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Les humeurs
Difficile en ce moment de m'extirper d'une méchante humeur chronique. Elle prend tour à tour le visage de la colère, de l'agacement, de la tristesse, de l'ennui, de l'irritation. Le commerce de mes semblables m'est chose difficile, mes collègues m'horripilent. J'ai envie de donner des claques à mon fils, qui fume, qui branle rien au lycée, qui laisse sa chambre dans un bordel indescriptible et qui ne se brosse les dents que sur injonction ferme de ma part (je crois que j'ai décrit une caricature d'ado, là). Je me laisse perturber par un rien. Je dors mal, mon sommeil est agité et je rêve encore et encore de clope. Je bois trop, je mange trop. Je stresse. Je suis dans une phase où je sens que la rechute n'est pas loin. Par ras-le-bol de me battre. Par envie de tout laisser choir. Bon, ma vieille, il va falloir se la jouer cool et énergique à la fois. Relâcher la pression. Tu es en train toi-même de te mettre en situation de rechute. Tu es en train toi-même d'en rassembler consciencieusement toutes les conditions. Alors d'abord, tu respires. Une grande inspiration, à fond, et tout doucement, tu relâches. Allez, encore une fois. La! Ca fait déjà du bien. Maintenant, tu vas affronter ta journée de réunion avec les collègues en souriant. Tu ne leur rentreras pas dans le lard. Tu vas essayer de t'intéresser à ce qu'on dit. Ne l'ouvrir que si tu as quelque chose d'intéressant à rajouter. Penser à respirer si la pression monte. Ce soir, bain, dîner léger et eau minérale. Lecture distrayante. Et surtout, injonction ferme à mon inconscient concernant la clope: "JAMAIS! TA GUEULE!!".
Posté le 3 décembre 2008, à 08:51
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Chiants et fiers de l'être!
J'ai l'impression, d'après les blogs du jour, que plusieurs d'entre nous ont été confrontés à la clope ce week-end. J'ai moi-même invité des amis à dîner samedi, deux fumeurs. J'ai voulu faire ma généreuse, la nana cool, ouverte, sympa. Il est vrai qu'autrefois, les non fumeurs et plus encore les ex-fumeurs m'agaçaient au plus haut point par leur intransigeance. A mon premier boulot, dans le secteur associatif, nous avons eu des débats homériques avant d'accéder à la demande des non fumeurs et arrêter d'allumer clope sur clope durant les réunions. Ostensiblement "nous" quittions la réunion pour aller en griller une dans une autre pièce. Quant à interdire de fumer chez soi, ça me paraissait tout simplement inconcevable. Je me souviens d'une fiesta, il y a plus de 20 ans, dans un appartement "non-fumeur" où je n'avais pas de mots assez durs contre nos hôtes. Comme si la tabagie passive d'une seule soirée allait leur filer un cancer... Autres temps, autres moeurs. Je n'hésiterai plus, la prochaine fois, à reléguer les fumeurs sur le balcon. Je pensais être assez forte, au bout de trois mois, pour que ça ne pose pas de problèmes. D'autant que mes invités étaient très respectueux: ils ont d'abord proposé d'aller fumer sur le balcon et c'est face à mon insistance qu'ils ont allumé leur cigarette, l'air gêné, dans le séjour. Et ils n'en ont fumé que deux chacun tout au long de la soirée. Donc rien de bien grave. Et pourtant, ça n'a pas été anodin pour moi. Plus qu'une envie de fumer, cette confrontation m'a rendue nerveuse, agitée, j'ai compensé en remplissant un peu trop mon assiette et mon verre, d'où gueule de bois et kilo en plus le lendemain. Je m'en serais bien passée. C'est donc terminé. Je ne tolérerais plus la clope chez moi, les gens iront fumer dehors, comme ils le font au resto, d'ailleurs. A Noël, je pars en voyage où je serai confrontée à trois fumeurs: je leur ai déjà demandé de ne jamais céder si je leur en demande une. Je leur demanderai également de s'abstenir devant moi. La cigarette des autres est mon ennemie et je sais que toute ma vie durant, elle me sera désagréable. Je ne pourrai jamais lui être indifférente. Au pire, elle pourrait me faire rechuter, au mieux elle m'écoeure et me dégoute. Il me reste à apprendre à être chiante avec les fumeurs. Heureusement que ce n'est plus tendance, de cloper.
Posté le 1 décembre 2008, à 09:20
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TROIS MOIS, HOP LA !!!
Les trois mois sont passés, bientôt les 100 jours. Je suis donc un demi-dino, sans savoir si ce qui me manque encore, c’est l’avant, l’arrière, le côté gauche, le côté droit. Tout ce que je sais, c’est que deux pattes doivent encore pousser, peut-être encore un œil et des dents, des pointes sur le dos. Et puis surtout, la carapace, qui doit encore s’épaissir, se consolider. Bref, je suis pour l’instant un être un peu monstrueux, pas très opérationnel, assez vulnérable, un être en devenir. Mais je peux déjà un peu imaginer à quoi je ressemblerai quand je naîtrai parmi les dinos. Et même là, je ne serai d’abord qu’un bébé-dino, avec encore des crises d’identité (celle des six mois a apparemment la vie dure), puis un enfant dino (au bout d’un an ?). Et même là, il me restera encore à grandir, à apprendre à me défendre, à construire ma vie de dino adulte. Comment je me vois, aujourd’hui, en demi-dino ? Fière mais fragile (deux F). Ne crions pas victoire. Je suis motivée, je n’ai pas envie de fumer. Mais je n’ai pas terminé mon deuil. La cigarette continue, plus ou moins, à me hanter : j’en rêve la nuit, je suis obsédée par son odeur dès que quelques molécules parviennent à mes narines, mélange d’envie et de rejet, j’y pense aussi, non plus tout le temps, comme au début, mais souvent, j’ai des micro-hallucinations (je crois voir un paquet de mon tabac familier dans un simple emballage de même couleur), la vue d’un paquet de clopes me fait un drôle d’effet, comme un petit vertige fugitif. Quelque chose manque à ma vie. Je n’ai pas fini non plus mon sevrage. J’ai toujours des patchs 14/mg que je retire la nuit, je me suis contentée de supprimer, depuis deux semaines, les pastilles que je prenais en plus, quatre ou cinq fois 1 mg chaque jour, après les repas ou quand l’envie s’en faisait sentir. Je prévois de couper en deux des 21 mg quand je serai en vacances, en décembre. Pas d’urgence, je veux que les choses se fassent en douceur. Je ressens toujours (ou à nouveau) quelques dégâts collatéraux. Sommeil perturbé, concentration capricieuse, je me surprends à avoir des idées noires, des bouffées d’angoisse, des moments de cafard. J’avais réussi à faire face aux premières semaines avec tonus, j’ai moins la pêche, à présent, j’ai du mal à garder mon humour, à prendre mes journées à bras le corps dans la joie et la bonne humeur. Petite déprime hivernale ? Syndrome classique des trois mois ? Comment je me vois demain, en dino un peu plus compétent ? Je me projette dans l’avenir, sachant très bien qu’après un an, je ne penserai plus à la clope. Le sevrage sera bel et bien terminé et probablement, le deuil aussi. Je sais que toute ma vie, je devrai rester vigilante, mais je n’aurai plus à lutter au quotidien, la clope me sera indifférente. Je pourrai savourer d’être devenue une « presque » non-fumeuse. Je sais, je l’ai déjà vécu. Mais cette fois, je ne trébucherai pas. D’ici là, je fais un peu le gros dos, en attendant que la fameuse carapace s’endurcisse. Je relativise ces petits désagréments, ils n’occupent pas toutes mes journées et mes nuits. Peut-être me suis-je déjà trop bien habituée aux bénéfices de l’arrêt : il me faut penser à les savourer. Le plaisir des bonnes odeurs et du goût retrouvé. Ne pas être pressée de me lever, le week-end, pour aller fumer la première clope. Mes progrès à la course à pied. La respiration, aisée, le rythme cardiaque, ralenti. Les économies réalisées. Les projets que je peux faire. Peut-être ai-je aussi oublié les désagréments qu’il y avait à fumer : l’odeur de l’appart, de mes vêtements, le souffle court, l’obsession d’avoir toujours mon matériel à portée de main, la gêne ressentie dans les transports, au resto, en réunion, dans tous les lieux publics. Mais surtout, même si j’ai moins la pêche en ce moment, le plus important, c’est que j’ai profondément confiance. Je suis prête à accepter ces difficultés car je sais qu’elles passeront. Je suis prête à les accepter car j’ai le sentiment d’avoir atteint un point de non-retour. J’ai fait trop de tentatives avortées, je me suis trop souvent arrêtée au milieu du gué, j’ai perdu trop de temps. Je ne veux pas recommencer, encore et encore, à arrêter. Trois mois sont passés, je ne veux plus revenir en arrière. Alors hop là ! On continue !
Posté le 24 novembre 2008, à 16:11
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Souvenir d'une rechute
Une fois qu'on a arrêté, on s'imagine toujours que prendre une cigarette, une seule, serait un instant de pur bonheur, d'extase totale, d'ailleurs j'en rêve presque toutes les nuits en ce moment, pas comme d'autres, bien disciplinés, qui ont la bonne idée de mettre un patch, même en rêve
Ces jours-ci, j'ai repensé à ma première cigarette au bout de deux ans d'arrêt. Pas au mécanisme qui m'a finalement conduit à la rechute mais à ce que j'ai ressenti à cette première cigarette. Eh bien, c'était horriblement fort, un vrai traumatisme. Ma tête a commencé à tourner, ma gorge à se bloquer. Mes mains et mes jambes tremblaient, je devais pratiquement m'accrocher à la table.
Après quelques taffes, j'ai dû l'écraser.
Mais le pire, c'était le lendemain. Un goût ignoble dans ma bouche, pas seulement au réveil, mais une bonne partie de la journée, impossible à chasser malgré des brossages de dents répétés, des bains de bouche, des pastilles à la menthe. J'avais l'impression que chaque respiration ravivait le goût de la clope.
Il m'a donc fallu près de 24 heures pour ne plus ressentir les effets d'une demi-cigarette. Et dire qu'on peut s'infliger quelque chose d'aussi
violent 15, 20, 30 fois par jour! A croire qu'on est suicidaires, maso et/ou tout simplement débiles.
Et pourtant, l'expérience n'a pas porté ses fruits, ce qui m'incite à penser que je suis les trois à la fois.
J'ai remis ça, quelques semaines plus tard, et là, ça a été beaucoup plus facile. C'est bien la seconde cigarette qui m'a remise en selle et a refait de moi une fumeuse active.
Donc, oui et encore oui, plus jamais UNE!
Posté le 18 novembre 2008, à 12:17
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Rêve et réalité
Eh bien non, je n'en avais pas fini avec les rêves de clopes. C'est un peu spécial, les détours que ça prend
.
Après quelques laboriseuses péripéties que je zappe (mais où est-ce que je vais chercher tout ça???
), je me retrouve dans une maison avec des tas de gens, pas cool, les gens, vaguement hostiles
, et je cherche partout mon sac à main pour partir. Je finis par en trouver un qui ressemble au mien et je le prends. Une fois dans la rue, je rencontre un clodo qui me demande une cigarette. Je réalise que je ne fume plus, puis me vient l'idée "mais au fait, ce n'est pas mon sac, si ça se trouve..."
. Et en effet, il contient un paquet de Camel à rouler. Je donne du tabac au type et m'en roule une aussi. La suite du rêve tourne au road movie échevelé, avec des histoires de camion sans frein, mélange de Duel et du Salaire de la peur... Tout un programme
.
Ca, c'était le rêve. La réalité: je suis sauvée par mon Prince charmant
qui vient me réveiller en douceur au moment précis où j'allais m'encastrer dans un camion arrivant en face, je perçois l'odeur du café et du pain grillé qui arrivent de la cuisine (miam), il y a un beau soleil, un matin frais et paisible, je n'ai pas recommencé à fumer et d'ailleurs, ce n'était pas MON sac, et en plus, ma voiture freine magnifiquement
!
Posté le 14 novembre 2008, à 10:33
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Garder le cap
Retour après une semaine, deux jours de mission (efficace, impec), quatre jours de virée à Rome (soleil, pas trop de foule, lumière de rêve, rien que du beau...). Engagement tenu, fastoche, même pas eu envie de fumer. Alors, qu'est-ce qui va pas ? Je lis, par-ci, par-là, qu'il y a des étapes, un peu difficiles. Au bout de 3 mois, 6 mois, un an. Là, j'aborde bientôt les 3 mois, ceci expliquant peut-être cela. J'ai pour l'instant terminé le cycle "rêves de rechute", d'ailleurs soldé par un rêve où j'allumais une clope et la jetais sans la finir, la trouvant dégueu, pour entrer dans un cyle "autodétestation". Au lieu d'être fière de moi, de savourer un joli teint retrouvé, des dents blanches, un souffle facile, des vêtements qui sentent bon, je me traîne, je me trouve moche, je ne peux plus me voir en peinture (heureusement, il y avait autre chose à mater à Rome, côté peintures), un coup d'oeil dans la glace suffit à me mettre de mauvais poil. J'ai l'impression de flotter dans un marécage grisâtre, un comble, vu les vacances lumineuses que je viens de passer. J'ai tendance à prendre les choses en mauvaise part, à me crisper dès qu'il y a du bruit, à prendre comme une attaque personnelle le manque d'amabilité des gens - mal universel s'il en est-. La tabaccologue m'avait mise en garde:"Si vous commencer à ressasser, à être plus chagrinée qu'à l'accoutumée par des petites choses, etc., n'hésitez pas à appeler à l'aide". Et d'ailleurs, je me souvient, lors de ma précédente défume, d'un épisode dépressif aigu, au bout de six mois: en allant au boulot le matin, à pied, je me suis retrouvée en train de pleurer sans raison comme une idiote. Bon, OK, je connais le coup, je ne suis pas dupe. Il y a aussi beaucoup de fatigue accumulée (en fait, Rome, c'est crevant), un gros coup de collier à mettre au boulot dans les semaines qui viennent, tout un tas de trucs à régler. Je ne suis pas dupe, ce qui signifie que je ne panique pas. J'attendrai de retrouver l'état "d'auto-contentement" qui me fait voir la vie belle, qui me rend de bonne humeur, qui fait que j'ai envie de rire et de déconner. Ca finira bien par venir. Je vais essayer de maintenir la distance nécessaire avec ce mal-être, le combattre avec les trucs habituels (sport, bonnes nuits de sommeil) et me hâter tranquillement pour ne pas me laisser submerger par le stress. Garder le cap.
Posté le 13 novembre 2008, à 09:56
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J'ai recommencé à fumer... En rêve
Je n'ai pas simplement fait un rêve de clope, comme ça arrive souvent au début. Non, j'ai réellement recommencé à fumer, en plusieurs rêves consécutifs, exactement comme ça se passerait dans la réalité. Il y a quelques nuits, je rêve d'un événement traumatisant qui me conduit à prendre une cigarette, une seule. Nuit suivante: je rêve simplement que je craque sur une cigarette. Une seule. La nuit dernière, j'ai une clope en main et je me dis "je sais que j'ai arrêté, mais je suis en train de recommencer, tant pis, ce sera pour une prochaine fois". Donc, exactement de la même manière qu'à chaque rechute réelle, je fume au gré de mes rêves une cigarette par ci, une cigarette par là, et je redeviens graduellement FUMEUSE. Je relève que dans tous ces rêves, c'était pas spécialement agréable d'avoir repris mais pas cauchemardesque non plus. C'était assez neutre, sans regrets mais sans joie. Une sorte de morne constat. Juste un détail, c'étaient des roulées, comme celles que je fumais, mais sans filtres et très mal faites, avec le papier qui fout le camp, se froisse, le tabac qui déborde... Je ne sais qu'en penser. C'est la première fois que lors d'une tentative d'arrêt, je rêve du processus de rechute. A chaque fois, je me suis réveillée soulagée mais en même temps troublée. N'est-ce pas qu'inconsciemment, mes défenses sont en train de s'affaiblir? J'ai plutôt tendance à penser que ces rêves sont au contraire un rappel à l'ordre, une mise en garde contre un mécanisme qui m'a piégée plusieurs fois. En tous cas, voilà qui conforte la devise de JoM "pas une seule cigarette", car je sais que si j'en prends une, c'est que déjà j'ai renoncé à lutter...
Posté le 5 novembre 2008, à 12:34
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Beurk!
Oh my god! Une motivation par jour? Mais comment je vais faire? Surtout aujourd'hui. Le petit temps frais qui me mettait en joie hier n'a pas duré. Au fil de la nuit, ça s'est transformé en espèce de truc venteux, nuageux, humide, tiédasse, j'ai été réveillée 15 fois par une porte qui claquait dans un appartement voisin, par mes chats très énervés qui ont organisé des courses poursuite dans le couloir et s'en sont pris à un rouleau de sopalin que j'ai trouvé en charpie ce matin, un peu comme mon humeur. Coup d'oeil à la glace: la tronche explosée. Pourtant, je ne me souviens pas avoir participé à un match de boxe hier soir, ni avoir été battue, ni avoir éclusé un litre de rhum. Je monte sur la balance: 1,5 kg de plus, ça doit être de la flotte, ça explique mes yeux totalement bouffis. J'y suis. Outre la dépression météorologique et le sommeil perturbé, il faut incriminer la bouillabaisse un peu trop salée et pas totalement digeste ingurgitée hier soir. Poche à glace et anti-poche, je sors l'artillerie lourde tout en prenant mon café, je colle mon patch et j'essaie de trouver une bonne raison de respirer la joie de vivre. Bof... Du coup, la motivation du jour n'est pas difficile à trouver, même si elle est peu glorieuse. Vu l'état, la seule idée de la cigarette, de son odeur, de la sensation âcre de la fumée dans mes poumons, de retrouver un appartement qui empeste me file envie de gerber. Vu l'humeur, je vais me traiter en douceur, boire beaucoup de thé vert, aller faire un petit jogging à midi, bien respirer et, tout ça, c'est vraiment pas compatible avec la clope. Motivée aujourd'hui parce que je n'ai pas le choix! On trouvera mieux demain...
Posté le 31 octobre 2008, à 10:24
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Vive l'hiver!
Hélas, hélas, hélas, ne pas fumer devient affreusement banal, au bout d'un moment. Où est passée la fierté des premiers jours, la joie de passer à une nouvelle vie qu'on s'imagine soudain riche de plein de promesses, comme un renouveau de tous les possibles? On se passait soi-même tous ses caprices (le petit coup de chocolat ou de jaja en plus, l'humeur ronchon, la glandouille devant l'ordi au lieu de bosser vraiment , etc.), parés qu'on était de cette fierté, de cette magnifique excuse universelle: j'ai arrêté de fumer, je peux tout me permettre sauf ça (la clope). Cet état de grâce ne peut pas durer éternellement. Ca me fait d'ailleurs penser à l'état amoureux, quand la rencontre, la pensée de l'autre envahit tout, suffit à tout et donne son sens plein et entier à tous nos actes, même à ceux qui n'ont rien à voir avec l'être cher. Et puis, voilà qu'au bout d'un certain temps, reviennent les contraintes, les interrogations, le quotidien. Il faut revenir à la réalité, certes enrichi de quelque chose de neuf, mais à la réalité tout de même. D'avoir arrêté de fumer ne résoud pas l'ennui qui me guette par période au travail, ne résoud pas ma peur de vieillir, ne résoud pas les questions que je me pose sur ma vie qui passe et ce que je pourrais en faire de mieux. Alors, comme j'aime pas me laisser piéger par la morosité, pas plus en amour qu'en arrêt-du-tabac, voici mon nouveau truc: je vais réfléchir à une motivation par jour. La même reviendra certainement à plusieurs reprises, mais ce ne sera plus tout à fait la même puisque à chaque fois, ce sera un jour nouveau. Là, c'est l'hiver qui arrive. Même dans le Midi. 8° ce matin. L'hiver est ma motivation pour aujourd'hui. Parce que j'ai pu passer un pull douillet qui entoure mon corps confortablement. Parce que je suis sortie de bonne heure, j'ai respiré un air frais et vif, un peu humide de la nuit, qui sentait bon les pins. Parce que je suis au chaud dans mon bureau, avec une tasse de thé, et que je n'aurai pas à sortir fumer plusieurs fois dans la journée. Parce que je n'ai plus à dilapider de l'énergie en essayant en vain d'aérer mon appart. Parce que je commence à réfléchir à de bonnes recettes mijotées, peut-être à une petite virée au ski. Légende de la photo : Moi, à l'époque où j'étais non-fumeuse.
Posté le 30 octobre 2008, à 09:55
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TROP BIEN!!!
Comme une fleur! En 2 h 27, mais comme une fleur! Et rien que du bonheur. Jamais eu chaud, jamais été essoufflée, l'euphorie totale. J'ai fait ça tout tranquillou. Le fameux faux plat : en douceur. La fameuse côte de la Gineste : en moulinant tout doucement, avec la vue sur la mer qui se découvrait lacet après lacet et, en haut, un petit vent léger pour se rafraîchir... Une météo de rêve, soleil mais pas trop chaud, des animations musicales de qualité tout au long du chemin, ça refoutait bien la pêche, la descente sur Cassis, une pure merveille avec la mer qui scintillait, puis l'arrivée sur la plage et le bain, l'eau fraîche qui défatigue les jambes quasi-instanément. Et puis, une récupération cardiaque impec, une demi-heure après j'avais retrouvé mon rythme normal au repos. Je m'étais fixé comme objectif d'être tout au long de la course bien au-dessous de mon maximum, d'être au top du confort. Et j'ai bien fait. Je n'ai vu que trop d'interventions de pompiers et de médecins, des gens probablement pas assez bien préparés, qui se sont grillés dans la montée à vouloir aller trop vite. Retour à la maison, enfin l'apéro, enfin des crudités et de la viande rouge, enfin du vin! Et ce matin, pas la moindre courbature. Bref, que du bonheur. Et le mieux, c'est que maintenant que cette échéance est passée, je vais pouvoir recommencer à cloper (mais non, je blogue!). J'ai trouvé cette course trop géniale, je veux en faire plein d'autres, je veux la refaire l'an prochain avec un meilleur temps, je suis fière comme tout et ça, c'est grâce aux 1020 cigarettes non fumées hier!Légende de la photo : c'est moi avec mon chéri, qui a eu la gentillesse de s'adapter à mon rythme, on a franchi la ligne d'arrivée en se tenant la main et, suprême élégance, il arrive juste après moi dans le classement!
Posté le 27 octobre 2008, à 09:22
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Dans quoi je me suis embarquée???
Ce week-end, j'aurai dépassé les 1000 clopes pas fumées! Et ce week-end, je vais faire ce pour quoi j'ai arrêté le 19 août dernier.
Petit flash back. A 39 ans et demie, je décide, pour mes 40 ans, de me faire un beau cadeau: arrêter de fumer. Je prépare mon coup plusieurs mois à l'avance: je compte les cigarettes, je mets des filtres à mes roulées, je réduis progressivement leur nombre pour arriver à 12 par jour, je me mets doucement à la course à pied et à la rando, et le 15 août, veille de mon départ en vacances, je fume la dernière. Première année: patchs, des hauts et des bas, petit accès dépressif au bout de six mois, puis le reste de l'année se passe sans encombres. Deuxième année, plus de patch, enfin libérée, avec 7 kilos de plus, mais libérée tout de même, je commence à reperdre les kilos. Et là, patatra! Coup de trafalgar dans ma vie, rupture, rechute.
Deux ans plus tard (16 août 2007), je remets ça. Déménagement, une autre vie commence, c'est le moment. Atroce, envie de cloper tout le temps, malheureuse comme les pierres. Inutile d'insister, ça ne devait pas être vraiment le bon moment. Nouvel objectif: 1er février 2008. Janvier: patch + quatre clopes par jour. Février: patchs + quatre demi-pastilles de nicotine par jour. Comme une fleur. Et ça tient, vaille que vaille, jusqu'au 8 juillet. Avec des micro-rechutes (une soirée, un jour ou deux). Donc pas solide, le truc.
Sauf que, pour me coller la pression, mais aussi parce que j'avais envie de le faire, je m'étais inscrite en mars au fameux semi-marathon de Marseille à Cassis, 21 km dans des paysages fabuleux, mais qui démarre par un
horrible faux-plat de 5 km, suivi d'une
épouvantable côte de 5 km aussi, le tout pour arriver à 325 m d'altitude.
Donc, je reprends la chronologie. Début juillet, léger coup de stress, je lâche tout et me remets à fumer. Tout en me disant, jour après jour, surtout quand je m'entraînais (un bien grand mot, je trottinais en soufflant comme un boeuf), ma vieille, ça va
carrément pas le faire le Marseille-Cassis avec la clope. Il faut arrêter. Il faut te fixer un jour. NON, J'VEUX PAS
Et puis, un jour de gande crise de lucidité et de raison, je regarde mon agenda. Objectif: avoir arrêté environ deux mois avant l'échance, soit le 26 octobre. C'est ça ou je dois laisser tomber. Piteusement. Vers le 15 août, comme d'hab? Non, ma soeur qui fume vient passer le week-end. Ca sera le lendemain de son départ, le 19 août.
Et hop là, c'est parti. Sauf que là, face à l'échéance toute proche, j'ai les chocottes. Bouhou! Je vais jamais y arriver, j'ai jamais fait ça, c'est trop haut, trop long, je vais souffrir atrocement, j'aime pas la foule, ça fait une semaine que je bouffe des pâtes et des légumes, bois de l'eau minérale, il va falloir se lever aux aurores dimanche matin (heureusement, il y a le changement d'heure) et en plus, on nous annonce des pom pom girls sur l'itinéraire pour encourager les coureurs mais pas de pom pom boys pour encourager les coureuses.
Dans quoi je me suis embarquée! Alors que je pourrais passer mon samedi soir à manger, boire et fumer, me réveiller tard dimanche matin avec la bouche pâteuse et faire un petit tour paisible juste pour mériter l'apéro et la clope de midi tout en regardant le Marseille-Cassis au JT de RF3 région, je vais jouer les sportives parmi les sportifs, dans une ambiance de kermesse, avec des badauds massés sur le bord de la route, qui vont me prodiguer des encouragements alors que je serai en train de souffler et de suer, rouge comme une tomate, et que je n'aurai même pas l'énergie de leur coller un pain.
Allez, j'avoue, je suis tout de même assez excitée et même
enthousiaste à cette idée. On annonce une météo parfaite (frais, ensoleillé, avec un petit vent dans le dos), la mer aura des couleurs magnifiques. On fait ça en joyeuse bande. Et je serai toute fière de l'avoir fait.
Posté le 24 octobre 2008, à 08:23
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Merci
Merci de vos messages, sur le blog, sur le forum et des messages privés. Merci d'avoir été compréhensifs après mon accès de colère et de m'avoir aidée à le relativiser. Oui, Feefolette, l'essentiel c'est de ne pas avoir fait de mal à mon corps en reprenant la clope. Oui, JoM, l'essentiel n'est pas tant ce que j'avais pu écrire que ce qui s'est inscrit en moi, profondément, tout au long de cet exercice de rédaction.
J'apprécie d'autant plus vos réactions que pour moi, ça a été une vraie souffrance suivie d'un rude moment de solitude.
Je repense au YANAMAR! de JoM
, il y a quelques semaines, et je me dis que c'est ça que je dois apprendre à faire. Oser dire que ça ne va pas. Sans attendre que la cocotte-minute soit sur le point d'exploser, sans attendre le point de non-retour qui me fera faire une connerie, même virtuelle, avec la cascade de regrets et de culpabilité qui s'en suivra.
Eh bien justement, en ce moment, je traverse une phase un peu étrange. D'anxiété au sujet de ma santé. Quand je fumais, j'étais bien entendu au courant des risques de pathologies graves associées à la cigarette. Mais ça restait quelque chose d'un peu théorique, j'évitais d'y penser, je fonçais sans trop regarder. A présent que j'ai arrêté, que certains de ces risques ont déjà considérablement diminué, j'ai peur
. J'en ai parlé à la tabacologue que j'ai revue ce matin, parce que tout de même, je trouve ça un peu fort de café! Je ne me posais pas de questions avant et voilà que je me retrouve avec des bouffées (c'est le comble!) d'angoisse, des tas de petits symptômes qui, pour peu que je laisse courir mon imagination, se transforment en maladies atroces, bref, j'ai peur de la mort. Fumer pour ne pas penser à la mort? Ca me fait penser à l'ivrogne du Petit Prince:
- Qu'est-ce que tu fais?
- Je bois.
- Pourquoi tu bois?
- Pour oublier.
- Pour oublier quoi?
- Que j'ai honte.
- Honte de quoi?
- Honte de boire.
Eh bien, selon cette merveilleuse dame (la tabacologue), ça fait partie du processus de reconstruction. De quoi? DE RECONSTRUCTION. Un concept que je pensais réservé aux toxicos, aux alcoolos, bref à ceux qui prennent des substances qui influent sur le comportement. Mais non. L'arrêt de la clope aussi implique une reconstruction. Un gros bouleversement psychologique. Et prendre conscience de son statut d'être humain donc mortel en fait manifestement partie. Une étape nécessaire même si c'est pas marrant.
Posté le 22 octobre 2008, à 14:06
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17 articles partis en fumée
ou comment j'ai cassé mon blog...
Non, je n'ai pas balancé mon ordi par la fenêtre. Non, je n'ai pas pris un marteau pour tout casser dans mon bureau. Non, je n'ai pas tabassé
mon supérieur hiérarchique, nom d'une pipe
Et surtout, NON, JE N'AI PAS RECOMMENCE A FUMER.
Mais j'ai eu tout soudain une montée d'adré, un bouillonnement de rage, un accès de fureur, la haine, quoi, il FALLAIT que je détruise quelque chose.
Beaucoup me comprendront si je dis que la violence, j'ai tendance d'abord à la retourner contre moi. Quand on clope parce qu'on est stressé, énervé, mal dans sa peau, qu'est-ce qu'on fait d'autre que se maltraiter? Alors, le blog, c'était la cible idéale, c'est un peu une partie de moi. Je l'ai ouvert avec l'idée d'écrire pour me défouler, et là, trrrrrès mauvaise idée, j'ai commencé à me relire et ça m'a encore plus énervée. J'ai trouvé que c'était n'importe quoi. Bla bla bla, et vive le sport, bla bla bla, et vive la nature, bla bla bla, et les bonnes odeurs, bla bla bla, et que c'est bien d'arrêter de fumer et toutes ces sortes de balivernes... Je suis allée dans "administrer" et j'ai cliqué sur "supprimer" en face du 1er article. Trop bien. J'ai continué, consciencieusement, méthodiquement, cette opération d'éradication virtuelle.
Sur le moment, ça m'a fait du bien. J'ai contemplé mon boulot - à savoir un blog vierge, tout blanc- avec satisfaction. Mais j'ai passé une mauvaise fin de journée. J'ai regretté mon geste. C'était idiot. Infantile. Comme une gamine qui a cassé son joujou préféré. Pauvre fille
!
Après quelques jours je me suis dit, allez Bravo, c'est pas grave, on va dire que tu entames la saison 2, d'ailleurs ça fait 2 mois depuis hier. Alors hop là, on remet ça
!
Posté le 20 octobre 2008, à 16:48
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Les blogs de Stop-Tabac.ch
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Profil de
bravo
Age : 47
Expérience avec le tabac : J'ai fumé pendant près de 30 ans. Plusieurs tentatives d'arrêt puis rechutes. Découverte de ce site en septembre 2008, un mois après avoir arrêté de fumer. J'ai utilisé des susbsituts et les ai arrêté pratiquement au bout d'un an. Je garde des pastil...
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